Culture & Révolution

Sommaire

Liste par thèmes

Journal de notre bord

Lettre no 173 (le 13 octobre 2016)

Bonjour à toutes et à tous,

Les grèves ont repris avec vigueur en France depuis un
mois, sans aucune visibilité médiatique, d'autant plus
qu'elles sont locales et émiettées. Les mouvements de
protestation des salariés ont de fortes chances de se
multiplier. Non seulement les conditions de travail ne
cessent de se dégrader, mais une centaine de plans de
licenciements sont déjà annoncés pour les mois à venir.

L'agitation électorale des politiciens tient le devant de
la scène médiatique et fait office de brouillard masquant
la réalité des luttes diverses. La campagne électorale en
vue des élections présidentielles fonctionne comme une
arme de diversion massive des esprits par rapport aux
questions essentielles. Les thèmes réactionnaires sont
brandis, comme ceux de « l'identité nationale et
culturelle » et de la « lutte contre le terrorisme ».
Ils sont d'autant plus mis en avant comme contre-feux que
la colère sociale risque de s'amplifier, balayant toutes
les pitreries et les hystéries qui caractérisent les
primaires de la droite et de la gauche gouvernementale.

On aura déjà une image éloquente de la colère du monde
du travail lors de la mobilisation à Amiens les 19 et 20
octobre en soutien aux huit syndicalistes de Goodyear
condamnés en première instance à huit mois de prison
ferme pour avoir lutté pour sauver les emplois dans leur
entreprise. Des manifestants venus de toute la France et de
Belgique s'apprêtent à converger sur Amiens pour faire
barrage plus globalement à la répression pénale des
syndicalistes, des travailleurs et des activistes
écologistes qui relèvent la tête contre les entreprises
de destruction des capitalistes et de l'État à leur
service.
Les points de résistance contre la logique capitaliste ne
manquent pas. La vigueur de la mobilisation contre le projet
d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes ne faiblit pas. Il y
a également une mobilisation de longue durée toujours
aussi vigoureuse contre le dépôt sous terre de 100 000
mètres cubes de déchets nucléaires à Bure dans la Meuse.
Pour comprendre les données du problème et être informé
des actions contre ce projet monstrueux, il faut visiter le
site www.burestop.eu.

Cependant, même si on ne peut que se réjouir de la
combativité qui persiste dans bien des régions et dans un
nombre non négligeable d'entreprises, nous ne pouvons pas
ignorer le contexte d'ensemble qui se dégrade sur tous
les plans. L'extension d'un mouvement de travailleurs en
lutte se heurte à une réalité qui semble le désamorcer
par avance, à savoir l'extension de grande ampleur du
chômage partiel ou total et de la précarité.
De son côté, le gouvernement ne relâche pas son
orientation répressive. Même si François Hollande a émis
des doutes en privé sur la faisabilité de l'aéroport de
Notre-Dame-des-Landes, rien ne dit qu'il n'enverra pas
les forces de police chasser les occupants de la ZAD et
détruire leurs installations. Ce gouvernement ne cesse de
démanteler brutalement des camps de Roms ou de migrants et
il maintient sa volonté de détruire totalement la
« jungle » de Calais en toute inhumanité. Gouverner
signifie pour lui de plus en plus cogner, démanteler,
emprisonner, contrôler tous les citoyens.

Nous ne pouvons pas nous leurrer non plus sur le fait que
dans la société française, les pulsions autoritaires,
racistes, xénophobes, violentes et individualistes ont
tendance à se renforcer. Elles se développent avec
l'augmentation de la précarité, avec les difficultés pour
se maintenir à flot, avec les frustrations que cela
engendre et avec le sentiment d'insécurité dans tous les
domaines, qu'il soit fondé ou fantasmé dans bien des cas.
Ces problèmes, auxquels personne n'apporte aucune solution
dans le cadre social actuel, trouvent une expression
réactionnaire chez la plupart des politiciens en
compétition, chez les experts autoproclamés et fortement
médiatisés, bref chez tous les professionnels de la parole
mensongère au service de l'ordre établi.
Dernièrement, le milliardaire Donald Trump a pu s'exclamer
dans un meeting en Pennsylvanie qu'il faisait partie de la
classe ouvrière et se faire ovationner. C'est dire l'état
de désorientation de millions de gens victimes des effets
destructeurs du capital sur leur existence et qui profite
ici au Front National. Car ce phénomène est mondial. Les
« hommes forts », les « femmes à poigne », qui
manient à la louche la xénophobie et le nationalisme sont
à la manoeuvre un peu partout, qu'ils soient déjà au
pouvoir ou qu'ils prétendent y accéder comme Trump, ou y
revenir comme Sarkozy. Selon les pays, ils y ajoutent une
forte dose de religion, d'antisémitisme, de républicanisme
désincarné, de sexisme ou d'homophobie. Mais ils invoquent
toujours « nos racines », « notre identité » comme
machine de guerre idéologique contre « les autres ».
Ils soufflent sur les braises de guerres civiles
potentielles et parfois ils usent déjà de leur pouvoir
pour tacler, bâillonner ou écraser leurs opposants.

C'est dans une configuration internationale où les
États, impérialistes ou non, sont de plus en plus
autoritaires et répressifs, avec parfois l'assentiment de
couches sociales importantes, que nous vivons et que nous
luttons. Il suffit d'avoir à l'esprit les équipes
gouvernementales qui sévissent à la tête de la Russie, de
la Chine, de la Turquie, de la Hongrie, de la Pologne, de la
Slovaquie, du Japon, de la Corée du Sud, du Brésil ou de
l'Argentine pour n'en citer que quelques unes. Mais à
des degrés divers, toutes les équipes gouvernementales,
dans le monde entier, sont à la fois de plus en plus
corrompues et ont de plus en plus recours à l'arme de la
stigmatisation de minorités ou d'un autre peuple. Aux
Philippines, le nouveau chef d'État, Rodrigo Duterte, a
choisi de désigner les toxicomanes comme les ennemis à
abattre. À son appel, 3 400 d'entre eux ont été
assassinés au cours des trois derniers mois selon la
police.

Le système capitaliste ne peut pas s'en sortir autrement
que par ces méthodes brutales et crapuleuses, et en
laissant en plus un certain nombre de guerres ou de
répressions sanglantes suivre leur cours comme au Soudan,
au Moyen-Orient ou en Ukraine, et même en les intensifiant,
directement ou indirectement, pour la plus grande joie des
trusts de l'armement. Or, les conditions de la lutte
contre ce système ont failli être modifiées favorablement
dans les années 2011 à 2013, avec les soulèvements
révolutionnaires au Maghreb et au Moyen-Orient, avec les
grèves massives en Chine ou en Afrique du Sud, avec les
mouvements contestataires en Grèce, en Espagne, aux
États-Unis, en Turquie, à Hong-Kong ou en Islande. Cette
vague émancipatrice s'est brisée sur diverses
répressions comme en Syrie, en Égypte ou en Turquie. Des
mouvements se sont aussi enlisés ou ont été détournés
de leurs objectifs comme en Grèce, faute de capacités à
se coordonner à l'échelle internationale ou à proposer
un contenu susceptible d'intéresser la population
travailleuse.

Certes les luttes ont continué et continuent aujourd'hui
partout dans le monde. Mais nous sommes insuffisamment
armés intellectuellement pour contribuer à ce qu'elles
soient victorieuses en se coordonnant. À cet égard, pour
que les mouvements des années 2011-2013 ne se soient pas
déroulés en vain, nous devons les étudier en profondeur,
dégager les enseignements précieux de ces expériences,
comprendre en quoi ils préparent un autre avenir, mais
aussi ce qui n'a pas marché et pourquoi. Ce travail est
encore en friche et ses résultats sont loin d'être un
bien collectif.

C'est une tâche moins spectaculaire et peut-être moins
immédiatement gratifiante que de s'en prendre à des
distributeurs de billets, de taguer des slogans anti-flics
ou de s'en tenir à une routine militante auto-satisfaite
et hexagonale. Mais il est peut-être urgent d'échapper
aux diverses formes de superficialité qui caractérisent un
peu trop la gauche radicale accro à l'électoralisme, et
a fortiori l'ultragauche, « avant-garde » ridicule et
pathétique qui n'a de comptes à rendre à personne, comme
on l'a vu au cours des manifestations contre la loi
travail.
Ces divers positionnements ne nous préparent pas un monde
meilleur. Et pourtant il est absolument nécessaire
d'affirmer toujours et encore qu'un autre monde est
possible. Les expériences les plus significatives de luttes
et de façons de faire autrement que selon la logique du
marché en donnent déjà un aperçu concret.

On nous objectera qu'un autre monde, sans exploitation,
sans oppression et sans guerres est une utopie. C'est
exact. Nous devons tendre tous nos efforts vers cette
utopie, oser en parler et la faire vivre partout où nous le
pouvons. Dès maintenant, il est bon de penser, ressentir,
créer au-delà de la société capitaliste et de ses
critères. Tout concourt à nous ramener sur le terrain
soi-disant réaliste des luttes sociales et politiques
habituelles et balisées. Il est difficile de s'accrocher
au versant abrupt de l'utopie. C'est un endroit
dangereux d'où le système voudrait nous déloger. Mais
c'est un endroit ensoleillé où il est déjà beaucoup
plus agréable de vivre qu'ailleurs. L'avenir appartient
à celles et ceux qui rêvent. Sinon, il n'y a
d'avenir pour personne, juste un éternel présent fait de
barbaries de toutes sortes, toujours plus monstrueuses.
___________________________________

Notre désastre syrien
Une concurrence explosive
Les naufrageurs de la Grèce
Ce cauchemar qui n'en finit pas
L'inutile beauté
In situ
___________________________________

NOTRE DÉSASTRE SYRIEN
Avec le déluge d'informations sur la guerre en Syrie, le
sort des habitants d'Alep, les bombardements russes et les
agissements de Daech, on se trouve consterné et on peut
facilement ne plus rien y comprendre. Pourtant, les données
fondamentales de la situation sont relativement simples à
comprendre même si on s'ingénie à nous les cacher.
Au printemps 2011, le peuple syrien s'est soulevé contre
la dictature de Bachar-el-Assad, emboîtant le pas au
soulèvement du peuple tunisien et du peuple égyptien
quelques semaines plus tôt. Le peuple syrien aspirait à
vivre dans un environnement démocratique, à respirer
l'air de la liberté. Voilà le point de départ de la
tragédie actuelle. Cela n'arrangeait pas les grandes
puissances comme la France et les États-Unis ni leurs
alliés comme l'Arabie saoudite et les émirats du Golfe.
Cela n'arrangeait pas non plus Israël. Si le peuple
syrien avait été victorieux, tous les autres peuples de la
région auraient voulu aussi dégager leurs régimes
dictatoriaux et corrompus.

Donc Obama, Merkel, Cameron, Sarkozy puis Hollande, tous,
ils ont flegmatiquement laissé Bachar massacrer son peuple,
soit aujourd'hui un bilan qui tourne autour de 300 000
morts. Ça les arrangeait qu'il fasse le sale boulot de
tuer dans l'oeuf ce qui se présentait comme une
révolution démocratique pouvant s'étendre et menacer
leurs bonnes affaires pétrolières. L'écrasement de
milliers d'opposants syriens laïcs a offert
l'opportunité à Daech d'émerger. En dépit des
exactions abominables commises par les djihadistes, ce ne
sont encore que des artisans en matière de bilan sanglant
et d'actes barbares de toutes sortes comparés à ce
qu'a réalisé Bachar qui s'est même payé le luxe
d'utiliser des armes chimiques.

La vérité oblige à dire que les divers mouvements de
gauche en Europe et ailleurs, qui étaient capables de se
mobiliser contre la guerre au Vietnam ou en solidarité avec
des exilés politiques comme les Chiliens après le coup
d'État de Pinochet, ont brillé par leur inexistence aux
côtés des Syriens qui se sont battus courageusement et
pendant plusieurs années pacifiquement contre la dictature
de Bachar, individu pour qui on a déroulé naguère le
tapis rouge à l'Élysée.

L'écrasement de la Révolution espagnole en 1936 a eu les
conséquences dramatiques que l'on sait. L'écrasement
du soulèvement révolutionnaire syrien a les conséquences
que nous voyons, avec des millions de réfugiés dans les
pays limitrophes et des centaines de milliers en Europe,
donnant prétexte à la droite et à l'extrême droite
d'attiser les haines racistes et xénophobes et de
prospérer.

Le déficit d'internationalisme se paye cher. À la
question déjà posée sur ce site : « Quel
internationalisme aujourd'hui ? », je n'ai pas
d'éléments de réponse à proposer. Mais je sais que
toutes les luttes échoueront si nous nous obstinons à ne
pas vouloir trouver des réponses concrètes à cette
question.


UNE CONCURRENCE EXPLOSIVE
Le téléphone mobile est devenu un objet dont personne ne
peut se passer, du PDG au chômeur à la recherche d'un
emploi, du gros actionnaire donnant ses ordres en bourse au
sans abri ou au migrant voulant rester en contact avec ses
amis et sa famille.

Le smartphone est particulièrement emblématique du
capitalisme au XXIe siècle. Il facilite la vie. Il a une
fonction ludique très attractive qui permet de se passer
d'échanges directs avec d'autres personnes, ce qui
encourage le repli sur cet objet censé régler tous les
problèmes. D'un autre côté il complique terriblement la
vie puisqu'il a la priorité sur les échanges vivants et
directs, permet de vous localiser et de vous déranger
facilement et fait donc sauter pour les employeurs les
limites du temps de travail.

Quand on s'intéresse un tant soit peu à ce qu'il y a
à l'intérieur de ces petits boîtiers, on découvre tout
un monde d'exploitation abominable, depuis l'extraction
de minerais au Congo par des enfants, aux cadences de
travail hallucinantes en Chine et ainsi de suite. Il y a pas
mal de sueur, de sang et de composants polluants dans ces
beaux objets.

Cette marchandise dont personne ne peut plus se passer, y
compris pour acheter, commander quelque chose ou régler un
problème administratif, vient de prendre une dimension
carrément métaphorique du système et de ses
contradictions.

On a beau offrir un portable y compris à de jeunes enfants
sur tous les continents, le marché du mobile est en voie de
saturation. La course entre les grands groupes se joue donc
de plus en plus sur le terrain des innovations bluffantes.
À ce petit jeu absurde, Samsung a essayé de doubler Apple
en sortant son Galaxy Note 7. Las ! Ce modèle a explosé
dans les mains de plusieurs utilisateurs.
Deuxième déconvenue et retour à l'envoyeur, le modèle
proposé en remplacement par Samsung en quatrième vitesse a
surchauffé au point de s'embraser. On imagine à quel
niveau de pression ont été soumis les salariés de Samsung
pour faire gagner cette course à l'innovation et à la
performance qui se termine par ce fiasco et ce gâchis :
trois millions de Galaxy Note 7 à récupérer, et trois
autres millions en stock qui ne pourront pas être vendus.
La fabrication des batteries au lithium-ion a été mise en
cause, mais finalement Samsung n'a toujours pas fourni de
réponse convaincante. Sur le plan financier, il semble que
ce ne soit qu'un petit souci pour le géant Samsung qui va
repartir, comme Apple et Huawei, dans une concurrence
effrénée.

La limite passagère à la course aux profits, c'est quand
ça explose ou quand ça s'effondre. Mais la catastrophe
de Fukushima à la centrale nucléaire de Tepco n'a pas
révisé à la baisse, ni incité à la prudence les groupes
fabriquant et manageant les centrales nucléaires dans le
monde.


LES NAUFRAGEURS DE LA GRÈCE
« Le camping, c'est fini ! » s'est exclamé
Dijsselbloem, le président de l'Eurogroupe à
l'attention de la population grecque. Comme si cette
population avait pris du bon temps cet été et devait se
soucier au plus vite de rembourser ses dettes en se serrant
encore plus la ceinture.
Les gros bonnets de l'Union Européenne comme
Dijsselbloem, Juncker, Schaüble et Moscovici se sont fait
tirer l'oreille pour lâcher un nouveau prêt à la Grèce
et ils ont révisé la somme à la baisse. Ce qu'ils
appellent frauduleusement un plan de sauvetage est en fait
un plan de naufrage pour récupérer les ultimes dépouilles
de ce pays. La plupart des Grecs s'enfoncent dans la
misère la plus terrible tout en étant aux avant-postes
pour accueillir de très nombreux migrants. Les mesures
d'austérité qu'on leur impose prennent un tour plus
sordide que jamais. Au cours des sept dernières années,
les salaires et les retraites ont diminué entre 20% et 40%
selon les cas.

Le 3 octobre dernier, le loyal Tsipras à l'égard de la
Troïka, a envoyé les flics réprimer avec des gaz
lacrymogènes une manifestation de retraités à Athènes
protestant contre une nouvelle baisse de leurs pensions
déjà misérables.
Par ailleurs, le gouvernement de Tsipras intensifie le
mouvement des enchères publiques forcées de maisons et de
biens pour réduire le montant des créances douteuses afin
de complaire aux riches créanciers. Le mouvement 
Den Plirono (Je ne paie pas !) se mobilise pour empêcher
les notaires, qui remplissent en Grèce le rôle de
commissaires-priseurs, de vendre les maisons. 5 000 biens
doivent être vendus d'ici la fin de l'année.

La conséquence politique qui sera bien difficile à éviter
risque fort d'être une nouvelle progression du parti
néo-nazi Aube dorée. Syriza en portera une bonne part de
responsabilité. Ce parti se présentait comme porteur des
espoirs des classes populaires et sous la pression des
institutions du capital, il est tombé bien bas et s'est
transformé en serviteur dévoué.
La leçon vaut aussi pour la France : il ne faut jamais
déléguer sa confiance à un parti quel qu'il soit, ni à
un leader charismatique. Tout doit rester sous le contrôle
des intéressés.


CE CAUCHEMAR QUI N'EN FINIT PAS
Les ouvrages de Pierre Dardot et Christian Laval dénotent
chez ces auteurs un travail considérable et un sérieux
dans l'analyse extrêmement stimulant, mais qui peut
décourager par l'ampleur d'argumentations très
serrées qui exigent beaucoup du lecteur. Leurs précédents
ouvrages, « La Nouvelle Raison du monde. Essai sur la
société néolibérale », « Marx, prénom : Karl »
et « Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle »,
méritent non seulement d'être lus, mais encore d'être
discutés pour combler cette faiblesse intellectuelle qui
est trop souvent notre lot commun face à la réalité dans
laquelle nous vivons.
Leur dernier ouvrage, « Ce cauchemar qui n'en finit
pas. Comment le néolibéralisme défait la démocratie »
(éd La Découverte, 248 pages, avril 2016), est beaucoup
plus accessible, ne serait-ce que par son format plus
réduit. Dardot et Laval s'appuient largement sur
l'acquis de leurs livres antérieurs tout en se
confrontant à des faits de l'actualité la plus brûlante
concernant par exemple la Grèce gouvernée par Syriza ou le
mouvement Podemos en Espagne.

Ce livre de combat montre de façon convaincante que le
néolibéralisme n'est pas seulement une politique, mais
qu'il est la logique consubstantielle du capitalisme de
notre époque. Il pénètre tous les domaines, y compris
notre subjectivité dans notre vie quotidienne. Il est de
dimension planétaire et donc, les auteurs montrent bien que
les politiques et analyses souverainistes ou
national-étatistes conduisent à des impasses. Les
articulations entre les différentes institutions du
capitalisme, au niveau national, européen et transnational,
sont bien mises en évidence.

Contrairement à une illusion militante courante, le
capitalisme ne se laisse pas comprendre facilement. Personne
ne peut prétendre en avoir fini avec cette tâche de
compréhension du capitalisme en se contentant de ses
ressources personnelles ou de celles de l'organisation
politique, syndicale ou associative à laquelle il
appartient. Ce livre est donc grandement utile. Il contribue
à nous éclairer sur la logique néolibérale implacable du
capitalisme et sur le bloc oligarchique qui mène une danse
mortelle à terme pour l'humanité.
Comment en sortir ? Dardot et Laval font quelques
suggestions en conclusion qui devraient contribuer à un
débat nécessaire.


L'INUTILE BEAUTÉ
Maupassant est perçu comme un écrivain classique, mais
rarement comme un écrivain subversif. Pourtant, nombre de
ses romans et de ses nouvelles sont des réquisitoires
contre les règles sociales bourgeoises et les comportements
hypocrites qui les accompagnent. C'est le cas dans une
nouvelle peu connue intitulée « L'inutile beauté »
(folio) où il s'en prend avec virulence à
l'institution du mariage bourgeois comme carcan gâchant
la vie des femmes.
Dans un de ses derniers textes, « Sur l'eau », qui est
le journal de bord qu'il a tenu lors d'une croisière en
Méditerranée sur son bateau, « Le Bel Ami », il
s'autorise des digressions virulentes contre le
chauvinisme ou la religion au détour de tableaux souvent
poétiques et parfois teintées d'humour décrivant les
différentes étapes de son périple.


IN SITU
Nous avons posté sur notre site une analyse intéressante
par Nicole Thé et G. Soriano du mouvement contre « la loi
travail et son monde », intitulée « Printemps 2016 :
un mouvement inattendu ». Bonne lecture.

Bien fraternellement à toutes et à tous,

José Chatroussat

_______________________________________

  Pour recevoir ou ne plus recevoir
    cette lettre, écrivez-nous:

  mél. : Culture.Revolution@free.fr
 http://culture.revolution.free.fr/
_______________________________________

< O M /\

URL d'origine de cette page http://culture.revolution.free.fr/lettres/Lettre_173_13-10-2016.html

Retour Page d'accueil Nous écrire Haut de page