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Journal de notre bord

Lettre no 152 (le 25 septembre 2013)

Bonsoir à toutes et à tous, 

Une marée nauséabonde et dangereuse monte en Europe. Les 
tendances chauvines, xénophobes, racistes, 
anti-démocratiques progressent et prennent déjà la forme 
d’agressions physiques et d’assassinats comme celui du 
rappeur antifasciste Paolos Fyssas qui a été commis en 
Grèce le 18 septembre dernier par un membre du parti 
néo-nazi Aube Dorée. En fait, plusieurs dizaines 
d’immigrés ont été agressés et assassinés depuis deux 
ans par les gens d’Aube Dorée, avec la complicité active 
de la police dont bien des individus, y compris au sommet de 
la hiérarchie, font partie. Les mêmes néo-nazis ont osé 
poursuivre en justice pour « diffamation », Savas 
Mikhail, un intellectuel juif marxiste révolutionnaire, en 
le dénonçant comme « un agent de la conspiration juive 
mondiale contre la Nation grecque, pour provoquer une guerre 
civile et établir un régime judéo-bolchévique ». A la 
suite de nombreuses protestations, y compris à l’échelle 
internationale, les néo-nazis ont été déboutés. Mais 
depuis, ils ont assassiné Paolos Fyssas et agressé 
gravement une trentaine de militants syndicalistes 
communistes. 

Avant de passer au cas de la France, il faut relever que la 
Grèce est un pays en situation d’explosion sociale quasi 
permanente depuis décembre 2008, avec des grèves 
fréquentes et des manifestations massives. La lutte de 
classe bat son plein en Grèce mais pas dans des formes 
faisant pour l’instant obstacle à la progression de 
l’extrême droite qui est sortie du néant ces dernières 
années et a obtenu près de 7 % des voix en 2012, avec 18 
députés au parlement, et est créditée de 13 % dans les 
sondages. Réfléchir sur cette évolution inquiétante 
dans plusieurs pays européens dont la France n’a rien 
d’agréable. D’autant plus que les lignes qui suivent ne 
vont évidemment pas indiquer un chemin assuré, une voie 
convaincante pour écarter le danger de l’extrême droite 
et d’une résurgence du fascisme en ce XXIe siècle. 

On voit bien qu’ici la xénophobie traverse la société 
de part en part. L’exemple est donné d’en haut, au 
niveau gouvernemental, comme sous Sarkozy. Manuel Valls fait 
du copier/coller en plagiant ses prédécesseurs Hortefeux 
et Guéant. Son ami le criminologue Bauer (également ami de 
Sarkozy) le conseille et l’encourage. Toute une série de 
petits ou grands politiciens « socialistes » qui 
craignent de perdre leur poste aux prochaines élections 
applaudissent à deux mains ses sorties contre les Roms. 
Disons clairement que le Parti socialiste est bien parti 
pour aller sur le terrain du Front National mais que cela ne 
le sauvera pas de la déroute, ni aux municipales, ni aux 
européennes. Mais on sait déjà que même en poursuivant 
la même politique réactionnaire que Sarkozy et même en 
l’intensifiant pour consolider les positions et profits du 
grand patronat, le gouvernement nous fera le chantage au 
danger du Front National alors qu’il aura tout fait pour 
lui donner des ailes. Au point qu’il n’est pas 
déraisonnable d’envisager qu’à ce rythme, aux 
prochaines élections présidentielles, Marine Le Pen sera 
présente au deuxième tour à un tout autre niveau que son 
père face à Chirac. Car tandis que Valls fait la chasse 
aux Roms et aux sans-papiers avec l’aval de Hollande, 
l’UMP se fissure et ses chefs poursuivent leur dérive 
vers l’extrême droite. 

Il ne faut pas jouer les Cassandre, certes. Mais il ne faut 
pas non plus pratiquer la politique de l’autruche, pour 
ultérieurement pousser des cris de surprise et 
d’épouvante devant les scores du Front National. Cela 
impose d’engager une réflexion de fond sur tous ces 
phénomènes pour mobiliser les moyens adéquats pour les 
contrer. Les ressentiments, le mal vivre, les indignations 
cherchent une expression et se réfugient sur ce qu’il y a 
de pire : le repli sur l’hexagone, la nation, l’État, 
la France, les gens de « souche » qui ne seraient pas 
comme ceux d’ailleurs. Il faut déjà contrer partout et 
en particulier au sein de la sphère intellectuelle et 
politique se disant de gauche, toutes les argumentations 
protectionnistes, souverainistes, étatistes et 
nationalistes qui préparent le terrain à une régression 
sans frein vers un régime policier, raciste, 
anti-démocratique. 

Bien des ressentiments se fabriquent sur le lieu de travail 
qui est de plus en plus un lieu infernal, un lieu 
d’évaluation chiffrée des individus et de dévaluation 
de leurs qualités humaines, d’humiliation, de chantage et 
de concurrence et, de plus en plus rarement et 
laborieusement, un lieu de solidarité et de lutte 
collective. Celles et ceux qui ne s’accommodent pas de ce 
lieu infernal qu’est celui du travail pour le capital, 
sont promis à un lieu encore plus détestable et 
anéantissant, le chômage. Et c’est pourquoi le lieu de 
travail est aussi un lieu stratégique où les aigreurs et 
les préjugés peuvent être défaits ou du moins mis à 
distance pour réactiver le goût de la lutte collective et 
de l’expression par chacun de ce qu’il a de plus 
généreux et inventif en lui pour ouvrir un autre avenir. 
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De l’Allemagne selon les médias français
La religion du Capital
Printemps barbare
Just Kids
Et jamais nous ne serons séparés 
In situ
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DE L’ALLEMAGNE SELON LES MEDIAS FRANÇAIS 
La façon dont les médias français ont salué la victoire 
électorale d’Angela Merkel lundi dernier est assez 
savoureuse. Voilà encore un bel exemple de pensée unique 
prenant allègrement ses distances avec la réalité et 
même les chiffres. « Libération » titre : « Merkel, 
la victoire absolue ». « Le Monde » : « Angela 
Merkel, chef de l’Europe ». « Les Échos » : 
« Triomphale ». Dans un portrait de Merkel, les Echos 
affirment même que les deux tiers des Allemands la 
soutiennent (soit environ 66 % sauf erreur). Or, son parti 
n’obtient que 41,5% des voix, 311 sièges sur 630 et 
n’est donc pas majoritaire ni en voix ni en sièges. Si le 
PS ou l’UMP obtenait de tels scores, est-ce que les 
médias d’outre-Rhin se seraient payé le ridicule de 
parler de triomphe et de victoire absolue ? Peut-être 
après tout, cela dépend du donneur d’ordre. Certes le 
système électoral allemand est différent mais il 
n’empêche que Merkel et la CDU, en ayant perdu leurs 
alliés libéraux qui se sont effondrés, se retrouvent 
plutôt en difficulté, pas du tout en position de force 
pour rallier tranquillement les Sociaux-Démocrates. La 
précédente expérience de coalition avec la droite de 2005 
à 2009 leur a coûté cher en voix et en crédibilité 
auprès de leurs adhérents. 

Les médias français ont en fait essayé de nous faire 
croire au triomphe de la droite allemande. Mais la réalité 
est beaucoup plus nuancée. Si l’on totalise les voix de 
la SPD, des Verts, de Die Linke et des Pirates, on obtient 
43,8 %, ce qui n’est pas ridicule par rapport aux 41,5 % 
de la CDU. Du reste, la CDU a certainement amélioré son 
score parce que Merkel a décidé de sortir l’Allemagne du 
nucléaire et a promis la création d’un SMIC pendant la 
campagne. Dernier point passé sous silence, les néo-nazis 
du NPD n’ont obtenu que 1,2 % des voix. Si le score du FN 
tombait à ce niveau, on se sentirait déjà mieux. 


LA RELIGION DU CAPITAL
Vous n’aimez pas les religions ? Vous détestez le 
Capital ? Vous allez adorer « La religion du Capital » 
de Paul Lafargue. L’auteur du « Droit à la paresse » 
livrait là, en 1887, un pamphlet réjouissant et finalement 
aussi scandaleux aujourd’hui, dans la forme comme dans le 
fond, qu’à son époque. Car si jamais en 2013, nous avons 
encore le droit, la force et l’envie de nous moquer de ce 
système qui nous abrutit et nous détruit à petits feux, 
la lecture de la brochure de Lafargue (éditions de 
L’aube, janvier 2013, 111 pages) qui n’a rien perdu de 
sa malicieuse pertinence, devrait redonner un petit coup de 
fouet au moral de tout un chacun. 

Penchons-nous donc sur les saints principes de « La 
religion du Capital » tels que les a savoureusement 
énoncés Paul Lafargue. Il imagine un congrès 
international où les représentants les plus qualifiés de 
la bourgeoisie capitaliste s’accordent, en dépit de leurs 
divergences, sur la nécessité d’une religion 
transcendant les religions traditionnelles. Le constat est 
que ces dernières manquent d’efficacité pour tromper les 
travailleurs et les tenir à l’écart des idées 
socialistes subversives. Le ministre de l’Éducation et 
des cultes, Paul Bert, qui est athée et physiologiste, fait 
remarquer : « Avec la meilleure volonté du monde, je ne 
puis avouer que je crois qu’un pigeon coucha avec une 
vierge et que de cette union, réprouvée par la morale et 
la physiologie, naquit un agneau qui se métamorphosa en un 
juif circoncis. » Mais après quelques vifs échanges, le 
statisticien anglais, Giffen, met tout le monde d’accord, 
du bourgeois libre penseur au légat du pape : « Le 
Capital est le Dieu réel, présent partout, il se manifeste 
sous toutes ses formes, il est or éclatant et poudrette 
puante, troupeau de moutons et cargaison de café, stock de 
Bibles saintes et ballots de gravures 
pornographiques… Quand le Capital se jette sur une 
contrée, c’est une trombe qui passe, broyant et triturant 
hommes, bêtes et choses…Mais qu’il est doux, prévoyant 
et aimable pour ses élus. La terre ne possède pas assez de 
jouissances pour les élus du Capital. » Suivent les 
travaux en commission du congrès, avec « Le catéchisme 
du travailleur », « L’Ecclésiaste ou le livre du 
capitaliste », « Prières capitalistes »… Lafargue 
théâtralise, jusqu’à la loufoquerie, la relation entre 
les capitalistes et les salariés dans un langage imagé 
qui, en fin de compte, va au cœur des rapports sociaux 
capitalistes tout en mettant les rieurs de son côté. 
« Le sermon de la courtisane » est une forme d’hommage 
féministe malicieux rendu à la courtisane et qui 
pulvérise au passage l’hypocrisie des bourgeois et des 
cagots de toutes les religions. 

Ce pamphlet est suivi de « Souvenirs personnels sur Karl 
Marx » dont Lafargue était le gendre et a été un temps 
le secrétaire. Ce témoignage direct, vivant et même 
émouvant, a souvent été utilisé par les biographes pour 
évoquer Marx au travail ou en famille. Mais il faut aller 
à la source et lire ces quelques pages, qui renferment 
aussi beaucoup d’informations sur l’œuvre et les 
combats de Marx, pour comprendre que Paul Lafargue avait de 
solides raisons d’apprécier et d’admirer la 
personnalité de Marx, de sa femme et de son entourage. 


PRINTEMPS BARBARE
Le roman, « Printemps barbare » d’Héctor Tobar 
(Belfond, avril 2012, traduction de Pierre Furlan, 
469 pages) nous embarque dans une plongée du côté de 
Los Angeles, riche en rebondissements. Le point focal 
initial se situe au sein d’une famille californienne 
aisée. 

Le couple des Torres-Thompson réside avec leurs trois 
enfants dans une très belle villa surplombant la mer. Le 
mari, Scott, s’est enrichi à la tête d’une start-up 
comme programmateur. Mais il est talonné par de jeunes 
loups plus performants dans l’élaboration de logiciels ; 
et surtout, il subit un revers financier à la suite de 
mauvais placements. Il faut donc réduire la voilure du 
train de vie en licenciant deux de ses trois serviteurs 
mexicains. Sa femme, Maureen, n’a pas encore bien perçu 
la gravité de la situation et croit pouvoir remplacer leur 
petit coin de forêt tropicale en mauvais état, suite au 
licenciement du jardinier, par un jardin sec de cactées 
particulièrement attrayant mais dispendieux. 

Ce krach financier domestique, lié aux aléas de la crise 
globale de 2008 et à l’addiction à une consommation de 
prestige, provoque une violente dispute entre ces époux 
dont la bonne entente se trouvait jusqu’alors bétonnée 
par de confortables revenus, le plaisir d’avoir trois 
beaux enfants gâtés et un cadre idyllique bichonné par 
trois domestiques. Par sa réussite personnelle et le 
conformisme qui va avec, Scott avait fini par faire oublier 
à tout le monde, y compris à lui-même, qu’il était un 
« demi-mexicain » par son père. Le mari et la femme, au 
paroxysme de la fureur et du chagrin, quittent chacun de 
leur côté leur maison, à charge tacitement pour leur 
seule domestique restante, la jeune Araceli Ramirez, 
ancienne étudiante aux Beaux Arts à Mexico, de gérer la 
maison et de s’occuper de leurs trois enfants. Ne voyant 
pas les époux fâchés revenir ni donner signe de vie, elle 
décide d’essayer de retrouver leur grand-père mexicain 
qui doit habiter quelque part à Los Angeles, d’après les 
enfants et une vieille photo. Et rapidement la machine 
s’emballe. Les médias et bon nombre d’internautes 
s’excitent et font leurs choux gras de ce « kidnapping 
de trois enfants par une Mexicaine sans papiers » ! 

L’auteur, Héctor Tobar, est journaliste au 
« Los Angeles Times » et ses parents sont d’origine 
guatémaltèque. Il a une connaissance très pointue des 
parcours métissés, des différents milieux sociaux, des 
médias, de la police et des politiciens de cette partie de 
la Californie du sud. Son roman d’une chaude actualité 
est foisonnant de personnages et de détails réalistes. 
Cela nuit un peu par moment au rythme de son récit. Mais en 
revanche l’acuité de son regard, souvent ironique mais 
non cynique, ainsi que la riche matière documentaire 
qu’il nous offre, font de « Printemps barbare », une 
fresque d’un grand intérêt.


JUST KIDS
Le livre de la poète, chanteuse, compositrice, photographe 
et peintre Patti Smith, « Just Kids » (folio, 375 pages, 
juin 2013) vient d’être réédité en collection de 
poche. Seul le format a changé et il faut saluer au passage 
la qualité maintenue des photos de celui qui fut son 
premier grand amour à New York, Robert Mapplethorpe. 
C’est leur jeunesse commune, leur « relation 
magique », que Patti Smith raconte dans « Just Kids » 
qu’on pourrait traduire par « rien que des gamins ». 
Deux gamins touchants qui se rencontrent à New York en 
1967, sont dans la dèche et vont y rester un bon bout de 
temps, mais sont animés par la volonté de servir l’art 
à leur façon. Robert vient d’un milieu aisé mais son 
père le rejette. Patti vient d’un milieu modeste, son 
père étant employé de bureau et sa mère serveuse. 
Elle-même a travaillé en usine, puis comme caissière dans 
des librairies de New York. Robert dont l’identité 
sexuelle se révélera incertaine, est un être étrange, 
délicat, mystique, à la lisière de la folie que 
provoquent certaines substances. Il deviendra un grand 
photographe, avant de disparaître fort jeune en 1989. Patti 
Smith a très tôt la passion de la poésie, Baudelaire, 
Rimbaud, Whitman, Ginsberg et bien d’autres. Au fameux 
Chelsea Hotel où toutes les gloires futures de 
l’avant-garde artistique des années soixante semblent 
avoir séjourné à un moment ou un autre (Ginsberg, Bob 
Dylan, Andy Warhol, Jimmy Hendrix, Janis Joplin, Sam 
Shepard…), Patti et Robert vont faire des rencontres 
décisives. Dans la dernière partie du livre, Patti Smith 
vient d’enregistrer son premier album « Horses » dont 
Robert Mapplethorpe a réalisé la photo de la pochette, 
empreinte de cette poétique sobriété qui défie le 
passage du temps. De la bohème new-yorkaise des années 
soixante et soixante-dix, Patti Smith est une des rares 
survivantes. Et aujourd’hui, elle est toujours bien 
vivante sur tous les terrains, y compris pour exprimer ses 
convictions écologiques et des gestes de solidarité bien 
à gauche. 

Dans le domaine musical, signalons « Banga », son 
dernier album paru l’an dernier (Sony Music) et sans doute 
un de ses meilleurs. Les fidèles de la première heure sont 
toujours là, au mieux de leur talent, Lenny Kaye et Jay Dee 
Daugherty, ainsi que quelques autres amis, Tony Shanahan, 
Tom Verlaine, Johnny Depp, et aussi sa fille et son fils. 
Quant à la voix de Patti Smith, elle dégage un lyrisme à 
la fois un peu douloureux et apaisé. Dans ses textes, elle 
se soucie du mauvais état du monde (« Fuji-san ») et 
rend hommage à plusieurs artistes disparus qu’elle 
appréciait : l’actrice Maria Schneider, la chanteuse Amy 
Winehouse, le cinéaste Tartakovsky… 


ET JAMAIS NOUS NE SERONS SEPARES
Le théâtre de l’Œuvre à Paris présente une pièce 
inédite en France de l’écrivain norvégien, Jon Fosse, 
« Et jamais nous ne serons séparés », jouée par 
Ludmila Mikaël, Patrick Catalifo et Agathe Dronne, et mise 
en scène par Marc Paquien. Une femme est seule, assise sur 
un canapé, dans une pièce pauvrement meublée, avec 
quelques tableaux posés sur la cheminée mais tournés vers 
le mur. Les différents climats et lumières de cette 
représentation s’apparentent aux scènes d’intérieur 
du peintre Edward Hopper. 

Mais au début, cette femme d’une quarantaine d’année, 
de belle allure, pleine de vitalité, rit doucement ou même 
bruyamment, contrairement aux personnages de Hopper. C’est 
un rire « qui ne colle pas », sans joie, un rire de 
défi lancé à soi-même quand on se retrouve dans la plus 
grande des solitudes, celle où l’être aimé a disparu. 
Est-il mort ? Est-il parti « avec une autre » ? Est-il 
parti avec une autre et mort ensuite ? Impossible de le 
savoir. D’où l’attente de cette femme passant par tous 
les sentiments, émotions et pensées propres à cette 
situation où la vie est en suspension. Pour tromper cette 
attente qui la ronge, elle rejoue des scènes intimes d’un 
passé commun et défunt. Elle met en scène un avenir 
incertain, au cas où. Elle dresse la table pour deux, sert 
le vin pour quelqu’un qui ne revient que sous une forme 
imaginaire, fantomatique. Son attente est tour à tour un 
cauchemar et l’ouverture sur un espoir fragile, toujours 
renaissant. Jon Fosse a écrit une pièce où les silences 
en disent autant et parfois plus que les paroles. 
L’actrice Ludmina Mikaël est au sommet de son art. Elle 
fait magnifiquement respirer cette partition en apparence 
minimaliste que le spectateur lui-même ne peut 
s’empêcher d’investir, d’habiter. Nous sommes 
mobilisés par la moindre intonation, par tous les gestes et 
déplacements de cette femme prise dans un mouvement 
pendulaire sans fin : « je suis seule », « je ne suis 
pas seule ». En se remémorant cette expérience 
théâtrale, nous avons le sentiment que jamais nos 
émotions partagées ne pourront s’éteindre.


IN SITU
Depuis la dernière lettre, nous avons mis en ligne 
plusieurs critiques de film, « The East » de Zal 
Batmanglij, « Une place sur la terre » de Fabienne Godet 
et « Alabama Monroe » de Félix van Groeningen. Nous 
avons redonné à certains romans une chance d’être lus 
en remettant en ligne des critiques antérieures : 
« Certaines n’avaient jamais vu la mer » de Julie 
Otsuka, « Nina Simone, roman » de Gilles Leroy et 
« Les employés » d’Honoré de Balzac. Nous 
recommandons également la lecture d’un roman pakistanais, 
« Attentat à la mangue » de Mohammed Hanif (10/18) 
qu’une lectrice nous a conseillé et sur lequel nous 
reviendrons la prochaine fois. 

Bien fraternellement à toutes et à tous, 

Samuel Holder

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