Culture & Révolution

Sommaire

Liste par thèmes

Journal de notre bord

Lettre no 144 (le 21 octobre 2012)

Bonsoir à toutes et à tous,

Il fut un temps où bien des chefs syndicaux nous
promettaient rituellement avant l’été que la rentrée sociale
de septembre (ou d’octobre) serait chaude. Comment apprécier
celle que nous venons de vivre en France ? Un peu tiède,
sans doute, comparée à celle de nos voisins des pays du sud
de l’Europe.

La synergie, déjà observée sous Mitterrand et Jospin entre
les responsables syndicaux et politiques et les gens au
gouvernement se disant frauduleusement de gauche, y est sans
doute pour quelque chose. Dans une impeccable distribution
du travail de division, de lanternement, d’amortissement de
la colère des travailleurs voulant en découdre avec les
capitalistes, en particulier dans les entreprises frappées
par des plans de licenciements, ils ont finement manœuvré en
coulisse pour empêcher une véritable coordination des luttes
et des diverses mobilisations.

Et pourtant face au plan de 8 000 suppressions d’emplois
chez PSA, un porte parole de la CGT d’Aulnay, Jean-Pierre
Mercier, nous avait promis en juillet bien plus qu’une
rentrée chaude : « Ils nous ont déclaré la guerre. Eh bien
nous allons leur faire la guerre ! ». Fanfaronnade ?
Déclaration bravache à laquelle on n’a pas l’intention de
donner une suite sérieuse ? En tout cas, un certain nombre
de salariés ont pris ses propos au sérieux et ils ont eu
raison. Les 2 500 travailleuses et travailleurs qui se sont
retrouvés le 9 octobre au matin à Paris devant le salon de
l’auto (pompeusement qualifié de Mondial de l’automobile) et
se sont heurtés courageusement aux CRS, étaient, eux, prêts
à engager la guerre contre le patronat qui licencie à tour
de bras avec la complicité du gouvernement. Ils ont été
ensuite quelques centaines à former une manifestation
impromptue rejoignant la manifestation parisienne de
l’après-midi et lui apportant un dynamisme qui risquait de
lui faire fâcheusement défaut. Leur nombre aurait pu être
beaucoup plus conséquent si des responsables syndicaux
peureux n’avaient pas tout fait depuis juillet pour empêcher
qu’on progresse vers un « tous ensemble ». Ce qui est
possible, à condition d’y croire et de prendre des mesures
concrètes dans ce sens, bien sûr.

Les salariés qui ont manifesté au salon de l’auto ont
parfaitement compris qu’on n’arriverait à rien en luttant
boîte par boîte. Les exemples de Doux, des Trois Suisses, de
PSA, Honeywell, Petroplus, Arcelor et bien d’autres sont
suffisamment éloquents. Ce n’est tout de même pas la mer à
boire que de jeter les bases d’une coordination démocratique
de toutes celles et ceux qui veulent lutter efficacement,
tous secteurs confondus. Les cheminots en avaient donné
l’exemple et l’impulsion dans d’autres secteurs en
novembre-décembre 1995. Sinon quoi ? Dans chaque entreprise
où on supprime des emplois, nous nous trouvons entraînés
dans un genre exécrable de jeu de colin-maillard qui nous
mène en fin de partie vers le chômage, les petits boulots et
éventuellement la misère. On commence par nous bander les
yeux avec des illusions sur les élus locaux qui nous
soutiennent à bloc et sur des gens en haut lieu discourant
sur la défense intransigeante des « fleurons de l’industrie
française ». Au passage pour nous amadouer, on nous félicite
pour notre capacité à nous sacrifier depuis des années, on
vante notre « savoir-faire » à nul autre pareil et
absolument indispensable à la France (tandis que les
capitaux se jouant des frontières comme les « pigeons »
voyageurs qui les détiennent, partent joyeusement en Suisse,
au Luxembourg ou vers d’autres paradis fiscaux).

D’autres personnages agitent ensuite la perspective de
rendez-vous avec un préfet, un ministre, un membre de la
direction (laquelle en règle générale « n’a pas souhaité
s’exprimer » sur le plan de licenciements). On nous fait
espérer une décision positive éventuelle d’un tribunal
examinant les dossiers de repreneurs tout aussi éventuels.
Ce jeu, où nous sommes d’avance perdants, comprend des
séquences émotion où FR3 s’apitoie sur notre sort et même
parfois d’autres chaînes télévisées. On nous donne le
change, on nous étourdit pendant des semaines ou des mois en
agitant de faux espoirs, avec éventuellement quelques
débrayages et manifestations locales pour nous faire croire
qu’on tente le tout pour le tout. Arrivés au point où nous
sommes abasourdis, souvent amers et éventuellement
découragés, alors un plan antisocial est négocié, plus ou
moins dans notre dos.

Quand ce scénario désastreux se sera répété encore des
dizaines de fois localement, des négociations entre le
patronat, le gouvernement et les chefs syndicaux nationaux
pourront se tenir pour acter une baisse générale des
salaires et des pensions, une plus grande flexibilité des
horaires, une intensification du travail et une destruction
des conventions collectives et du code du travail. Sous
prétexte d’améliorer la compétitivité, c’est notre
effondrement qui est programmé, entraînant celui de toute la
vie sociale dans les régions concernées.

Mais il est possible de faire barrage à cette sinistre
perspective en coordonnant nos actions et nos luttes. Au
Portugal, des milliers de jeunes et de salariés se sont déjà
engagés dans cette voie. Le 15 septembre dernier, des
centaines de milliers de gens, dans trente villes de ce
pays, ont manifesté suite à un appel sur les réseaux
sociaux. La CGT portugaise n’avait plus qu’à suivre. Une
autre mobilisation massivele 29 septembre a finalement
obligé le gouvernement portugais à reculer dans son
intention d’augmenter brutalement les cotisations sociales
des salariés et de baisser fortement celles du patronat.

À la suite de ce succès et de nouvelles manifestations le 13
et le 15 octobre devant le parlement, un appel à une grève
générale a été lancé contre les mesures d’austérité pour le
14 novembre. Tous les indignés en Espagne et en Grèce ont
appelé également à une grève générale le 14 novembre. Du
coup la Confédération Européenne des Syndicats s’est sentie
obligée d’appeler à une journée d’actions en Europe ce même
14 novembre pour ne pas perdre la face. Il faut à l’évidence
se saisir de cette opportunité partout où nous le pouvons.

Comme en Grèce, en Italie, au Portugal ou en Espagne, une
évolution commence à s’opérer en France. Jeunes ou moins
jeunes, salariés, précaires ou étudiants, le nombre des
indignés est en croissance. Ces indignés, avec leur esprit
critique, seront aussi nécessairement des désobéissants,
aussi bien à l’égard des entrepreneurs et riches vautours
qui se font passer pour des « pigeons » qu’à l’égard des
chefs syndicaux, des politiciens et des gouvernants qui font
carpette devant leurs exigences. Nous allons leur préparer
un Mondial des exploités auquel les uns et les autres
n’auront sans doute pas envie d’assister.
_____________________________________

Avec les ouvrières chinoises
La critique du travail aujourd’hui
Le Loup des steppes
L’importance d’être Wilde
De Homer à Hopper
John Tchicai (1936-2012)
In situ
_____________________________________

AVEC LES OUVRIÈRES CHINOISES
« Made in China », l’expression ne fait pas rêver. Et
pourtant les ouvrières chinoises ont des rêves. C’est ce
qu’on découvre à la fin du livre d’une jeune sociologue
chinoise de Hong Kong, Pun Ngai, paru en 2005 et qui vient
d’être traduit en français : « Made in China, Vivre avec les
ouvrières chinoises » (éd L’aube, septembre 2012).

Pun Ngai a centré son analyse sur les « dagongmei », les
jeunes femmes le plus souvent célibataires ayant quitté la
campagne pour travailler en usine, souvent loin de leur
région d’origine. Elle s’appuie entre autres sur les travaux
de Michel Foucault, de E. P. Thompson sur la formation de la
classe ouvrière anglaise, de Karl Marx, de Pierre Bourdieu
sur le langage, de Judith Butler sur le genre, ainsi que sur
les multiples et très fouillées analyses chinoises et
anglo-saxonnes portant sur la société chinoise depuis trente ans.

L’auteure a pu travailler en 1995-1996 pendant huit mois
dans une usine de la zone de Shenzhen sur une ligne de
montage de boîtiers de GPS pour une marque automobile
occidentale. Elle combine donc un savoir théorique
conséquent et maîtrisé, un travail ethnographique de terrain
et une connaissance empirique importante des conditions de
vie et de travail des ouvrières. Elle en a partagé
l’existence, non seulement à l’usine mais dans leurs
dortoirs et en allant faire des courses avec elles.

Elle s’est particulièrement intéressée à la subjectivité en
pleine évolution de ces ouvrières, avec leurs désirs de
consommation et d’émancipation, leurs souffrances, leurs
transgressions et leur singularité individuelle. Pun Ngai
qui n’est pas seulement une sociologue qui dénonce la
collusion entre l’État chinois, le capital et les relations
patriarcales. Elle prédit tranquillement « qu’une " révolution
sociale " silencieuse est en cours en Chine, dont
les protagonistes seront ces nouveaux sujets-travailleurs,
les " dagongmei ". » Depuis la parution de son étude, elle a
dénoncé les conditions abjectes de travail dans les usines
du groupe Foxconn et a créé un réseau des travailleuses
migrantes.

Son appel à une nouvelle théorisation des formes de
résistance contre la violence sociale en Chine et à une
lecture participative de son livre devrait rencontrer un
large écho.


LA CRITIQUE DU TRAVAIL AUJOURD’HUI
Bien des gens acceptent volontiers qu’on critique le capital
mais ne comprennent pas bien pourquoi il faudrait critiquer
le travail qui est connoté comme quelque chose de positif et
d’utile. Comme si le travail et le capital pouvaient exister
l’un sans l’autre.

Dans toute la machinerie du capitalisme, pour la comprendre
et pour en finir avec elle, une tâche théorique s’impose
donc : la critique du travail. Ce thème qui reprend le titre
d’un ouvrage de Jean-Marie Vincent paru en 1987 et réédité
en ligne par la revue Variations, est celui du dossier
principal du numéro 17 de cette revue électronique de
théorie critique. Vous le retrouverez sur
http://variations.revues.org/343 .

Le comité de rédaction de Variations se fait un plaisir de
présenter cette dernière livraison et de vous en conseiller
la lecture : « Dans ce numéro copieux d'une trentaine
d'articles, vous découvrirez un dossier à rebrousse-poil sur
la question du travail, ce Minotaure qui dévore nos désirs
et nos temps, avec des inédits d'André Gorz et de Jean-Marie
Vincent, de nombreuses traductions et articles de fond,
autant d'armes pour animer les débats. Une nouvelle rubrique
voit le jour, « Images dialectiques », et Maud Ingarao en
fait l'exercice joyeux et mordant. »


LE LOUP DES STEPPES
Paru en 1927, le roman « Le Loup des steppes » de Hermann
Hesse (Calmann-Lévy, 2004, 233 pages) est de ces œuvres
situées entre réalisme et fantastique qui s’obstinent à ne
pas vieillir, à l’instar de « La Peau de chagrin » de Balzac
ou du « Portrait de Dorian Gray » d’Oscar Wilde. Thomas Mann
a pu écrire à propos de ce roman : « Ce livre m’a réappris à
lire. »

C’est le jeu entre l’art et la vie, la conscience du héros
et son inconscient, les tensions et les déchirements d’un
individu rebelle face à des conventions sociales misérables
qui propulse dans de telles œuvres la narration et l’intérêt
du lecteur. On se trouve en présence de paraboles ouvertes,
troublantes, sans morale précise, et de toute façon non
moraliste.

Hermann Hesse (1877-1962) est un écrivain suisse d’origine
allemande qui avait un lourd fardeau dont il aspirait à se
débarrasser. Ses parents étaient des missionnaires
protestants et ils avaient décidé de faire de leur fiston un
théologien. Il prit la fuite du couvent où ils l’avaient
placé. Il traça son propre sillon avec une double passion
qui ne l’a jamais quitté, celle pour la nature et celle pour
les livres.

La structure du roman « Le Loup des steppes » est originale.
Sans atteindre au génie et à l’envergure d’un Kafka ou d’un
Joyce, l’art d’Hermann Hesse l’apparente au groupe des
grands écrivains innovateurs de l’entre deux guerres. Son
héros qui lui ressemble comme un frère, Harry Haller,
cinquante ans, révolté, pacifiste, attiré par le suicide,
est pris dans une contradiction insurmontable. Il ne
supporte plus le caractère hypocrite d’une époque qui a
nourri la barbarie inouïe de la Première guerre mondiale.
Face à une culture récupérée, vidée de son contenu
enchanteur (celui au cœur des œuvres de Goethe et de Mozart)
par une société conformiste et dévote, il ne se sent pas à
l’aise non plus devant de nouvelles formes de vie et
d’expression qu’il juge superficielles et misérables et
qu’incarne par exemple à ses yeux la musique de jazz.

Harry Haller reprend goût à la vie grâce à une jeune femme
sensuelle et tout aussi rebelle que lui à sa façon. Il est
confronté à nouveau à ses propres déchirements dans une
sorte de « théâtre magique » où la figure de Mozart lui dira
ce qui peut le sauver : « Vous devez apprendre à rire, voilà
ce qu’on veut. Vous devez concevoir l’humour de la vie. »


L’IMPORTANCE D’ÊTRE WILDE
Dandy, décadent, pervers : les notices biographiques
concernant l’écrivain irlandais Oscar Wilde ne sont pas très
flatteuses. Sa préoccupation n’était pas d’être moral ni
d’être immoral, ce qui est d’ailleurs la moindre des choses
pour un artiste. Mais l’idéal de la jeunesse éternel et de
la beauté inaltérable était bousculé et difficilement
tenable dans le bouillon nauséeux des classes supérieures de
l’Angleterre victorienne.

Au théâtre du Lucernaire à Paris, trois acteurs Anne Priol,
Emmanuel Barrouyer et Pascal Thoreau interprètent
excellemment un spectacle très vivant conçu par Philippe
Honoré élaboré à partir de l’œuvre et de la vie d’Oscar
Wilde. Le titre « L’importance d’être Wilde » est un
démarquage du titre d’une comédie très drôle de Wilde,
« L’importance d’être constant ». Les spectateurs ont droit à
un accueil personnalisé des acteurs qui vous glissent dans
l’oreille certains aphorismes de Wilde avant même que le
spectacle ne commence.

Pour Wilde, il était important de ne pas être sérieux
c’est-à-dire de jouer avec le langage et de n’avoir aucun
respect pour la religion, le mariage, la famille
patriarcale, l’argent et la propriété privée. Le spectacle
comporte un moment poignant quand l’écrivain passe en procès
et est condamné en 1895 à deux ans de prison avec travaux
forcés pour ses « mauvaises mœurs », c’est-à-dire pour son
homosexualité. Wilde qui fut traîné dans la boue perdit
brutalement son insolence, sa joie de vivre et ses amis.

Ce spectacle donne envie de mieux connaître ses meilleures
œuvres, son roman « Le portrait de Dorian Gray » et ses
pièces d’un humour dévastateur pour les aristocrates et les
bourgeois victoriens, « L’importance d’être constant » et
« Un mari idéal ».


DE HOMER À HOPPER
Il n’est guère de quotidiens, d’hebdomadaires ou de journaux
télévisés qui ne nous aient annoncé et vanté la
rétrospective du peintre américain Edward Hopper au Grand
Palais à Paris. Nous sommes déjà « hopperisés » avant de
l’avoir vue. Comme la foule qui se trouve mobilisée par les
médias fait de la visite d’une telle exposition un exercice
d’endurance (si vous renoncez au surcoût d’un coupe-file),
et ensuite un exploit de contorsion pour voir en entier les
tableaux entre les têtes et les épaules des nombreux
visiteurs, avec ensuite force de petits pas latéraux pour
passer au tableau suivant, le mieux est donc de se préparer
en réfléchissant à tête reposée à la signification de
l’œuvre singulière de Hopper.

Ses tableaux ont été fréquemment utilisés comme couverture à
des romans ou nouvelles américaines. Ce qui n’est pas faux.
Car il y a chez Hopper une évocation tangible de la solitude
des êtres, de la pauvreté ou des difficultés des relations
humaines dans une certaine Amérique au XXe siècle qui se
retrouvent dans une bonne partie de la littérature
américaine de son temps. Le parallèle avec les personnages
de Samuel Beckett ne fonctionne pas bien car chez Beckett,
il y a de la vitalité dans l’absurdité. Les personnages
attendent quand même quelque chose, Godot par exemple, la
catastrophe finale comme dans « Fin de partie » ou quelques
plaisirs simples comme dans « Oh, les beaux jours ». Les
personnages de Hopper semblent ne même pas attendre cela.

Pour sa part le peintre aspirait surtout à dépasser ce vide
relationnel dans la sublimation d’effets de perspectives et
de lumières hors normes. De ce point de vue il apparaît
comme un continuateur de l’impressionniste Caillebotte mais
aussi d’un grand peintre et aquarelliste américain qui l’a
précédé, Winslow Homer. Mais cet illustre prédécesseur avait
l’audace de peindre, dans toute leur dignité, des Noirs,
pêcheurs ou cueilleuses de coton, alors que les personnages
de Hopper sont exclusivement blancs et immergés dans un
ennui sans fond.


JOHN TCHICAI (1936-2012)
John Tchicai, compositeur, saxophoniste et flûtiste est
décédé le 8 octobre dernier à Perpignan suite à des
complications liées à un accident vasculaire cérébral. Nous
avions eu l’occasion de vous conseiller un de ses
magnifiques albums, le très lyrique et inventif « Anybody
Home ? » enregistré dans une grotte aux îles Féroé où sa
musique dialoguait avec les oiseaux et le bruit des vagues.

Nous avons demandé à notre ami Patrice Goujon, animateur de
l’association nîmoise « Le jazz est là » (http://www.lejazzestla.fr/)
de bien vouloir évoquer l’œuvre et la personnalité de ce
grand musicien qui vient de disparaître. Notre ami est un de
ceux qui avait eu l’occasion de le connaître de près et
d’apprécier sa créativité restée intacte ainsi que sa
personnalité généreuse :

« Né à Copenhague, il avait exploré la scène de jazz danoise
et nord-européenne, puis rejoint dans les années soixante la
scène new-yorkaise. Sa collaboration très étroite avec tous
les plus grands acteurs de l’avant-garde américaine de ces
années-là le fait souvent passer pour américain. Il était en
fait afro-danois, sa mère danoise et son père congolais.
Toujours très présent sur les scènes de Copenhague en
particulier au célèbre « Café Montmartre », il reçut une
bourse à vie du ministère de la Culture du Danemark. Mais
les racines africaines ont toujours influencé son
inspiration. Il collabora longtemps avec les sud-africains
Dudu Pukwana et Johnny Dyani.

Dans les années soixante on le trouve donc aux côtés de
Cecil Taylor, Archie Shepp, Albert Ayler, Don Cherry, Sunny
Murray... Il participe à l'enregistrement historique
« Ascension » de John Coltrane. Il fonde le célèbre « New-York
Art Quartet » avec le tromboniste Roswell Rudd, le batteur
Milford Graves et le contrebassiste Lewis Worrell auquel
participe le grand poète et combattant Leroi Jones (Amiri
Baraka) ainsi que le « New York Contemporary Five »,
formation elle aussi historique.

Impossible de tout citer, tant l'œuvre est grande. John
Tchicai était capable de jouer magnifiquement en duo avec
Pierre Dørge (album « Bal at Louisiana » en hommage à un
artiste du mouvement dadaïste) et tout aussi bien avec une
formation de près de trente musiciens « Afrodisiaca ». La
musique des autres cultures était une inspiration
perpétuelle pour lui. Il prit également le temps
d'enseigner, de jouer dans les prisons, les universités, de
participer à une rencontre avec John Lennon (album « Life
with Lions »), de s'entourer de poètes, devenant parfois
lui-même récitant. Citons encore quelques albums : « Real
Tchicai » en trio avec le guitariste Pierre Dorge et le
contrebassiste Niels Henning Orsted Pederson, « Witch'Scream »
en 2004 à New-York avec Andrew Cyrille et Reggie Workman,
« John Tchicai with Strings » en 2005 et enfin le magnifique
« Coltrane in Spring » en 2007.

À 76 ans, ce saxophoniste avait encore de nombreux projets
en cours, comme ce fut le cas tout au long de sa vie,
projets d’écriture musicale, de textes qu’il aimait réciter
ou chanter, de concerts. Le dernier en vue qui devait avoir
lieu à Nîmes en septembre, qu’il a évoqué lors de sa
maladie, était prévu avec son ami de longue date Famoudou
Don Moye, batteur de l’historique Art Ensemble de Chicago
avec lequel il avait enregistré en 1985 les « African Tapes ».

Créateur infatigable, d'une grande modestie, très attentif
aux musiciens qui l'entouraient, John Tchicai a toujours
marqué ceux qui travaillaient avec lui, ceux qui le
côtoyaient par la sérénité, l'intelligence et la grande
humanité qui émanaient de sa personne. »


IN SITU
Depuis la dernière lettre, nous avons mis en ligne un
article intitulé « Égypte : la révolution et les islamistes »
qui analyse les événements de ces derniers mois dans ce
pays où la situation sociale est extrêmement tendue et
marquée de nombreuses grèves.

Bien fraternellement à toutes et à tous,

Samuel Holder

_______________________________________

  Pour recevoir ou ne plus recevoir
    cette lettre, écrivez-nous:

  mél. : Culture.Revolution@free.fr
 http://culture.revolution.free.fr/
_______________________________________

< O M /\

URL d'origine de cette page http://culture.revolution.free.fr/lettres/Lettre_144_21-10-2012.html

Retour Page d'accueil Nous écrire Haut de page