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Journal de notre bord

Lettre n°76 (20 décembre 2006)

Bonsoir à toutes et à tous,

A son époque, le psychanalyste Sandor Ferenczi avait sans
doute raison d'écrire dans son Journal clinique : " L'enfant
est le seul être raisonnable dans un monde fou. "  Notre
monde  actuel semble vouloir s'acharner très tôt à vouloir
détruire la raison des enfants.

Noël approche et bien des enfants risquent de se retrouver
sonnés, abasourdis après avoir reçu une avalanche
démentielle de cadeaux qui, dans les milieux aisés, devrait
même se transformer en un tsunami délirant. Le Père et le
Grand-père Noël, la Mère, la Grand-mère Noël et l'arrière
Grand-mère Noël, l'Oncle et le Grand Oncle Noël, la Tante et
la Grand Tante Noël ainsi que quelques autres vont s'y
mettre. Tellement de cadeaux que dans la confusion, il est à
craindre que certains ne soient ouverts que le lendemain ou
se retrouvent à la poubelle par inadvertance lors du
rangement général de la salle de séjour.

Évidemment ne pas offrir autant de cadeaux serait ne plus
tenir son rang dans l'affection des chers petits. En est-on
si sûr ? La quantité et la valeur marchande des cadeaux ne
sauraient suppléer à la qualité de certains cadeaux, à la
qualité personnelle qu'ils ont pour les enfants et pour
nous.  Nous apprécions des cadeaux bien choisis pour nous
sentir bien, nous sentir aimés et laisser notre imagination
vagabonder.

Mais les plus beaux cadeaux que nous pourrions faire aux
enfants et à nous-mêmes seraient sans doute de leur offrir
de la bonne humeur sans nuages, du temps pour jouer avec
eux, du temps pour leur raconter de belles histoires, du
temps pour les laisser jouer seuls ou entre eux,
paisiblement, méthodiquement, goulûment, à leur façon. Ces
cadeaux-là ne sont pas en vente. C'est sans doute pourquoi
ils n'ont pas de prix.
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Noël chez les Hurons et ailleurs
Made in Hollywood
Don Quichotte
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NOËL CHEZ LES HURONS ET AILLEURS
Il en aura fallu des astuces et des adaptations aux
sensibilités d'une époque ou d'une région pour que Noël,
son imagerie et ses marchés (de Noël) remportent un franc
succès. 325 ans après la naissance supposée d'un certain
Jésus-Christ, il aura fallu que l'empereur Constantin
réunisse en congrès à Nicée (Iznik en Turquie actuelle),
tout le gratin des évêques de l'époque qui n'arrêtaient pas
de se chamailler et d'avoir des divergences sur tout, les
dogmes, le calendrier et les règles de fonctionnement de
leur secte en pleine expansion. Bref ils ont à cette
occasion fixé Noël à une date qui tombait en gros et comme
par hasard sur le solstice d'hiver, moment fêté par les
peuples depuis un bon paquet de siècles avant J-C.

En condensant les versions, on peut considérer ce bébé Jésus
comme l'enfant d'une mère pauvre, juive, palestinienne et
sans-abri. Selon Luc, l'hôtellerie du coin a refusé
d'accueillir cette femme qui allait accoucher parce que, soi
disant, tout était surbookée à cause de l'afflux de gens
venant se faire recenser par les autorités qui occupaient le
territoire. Du coup le nouveau né s'est retrouvé dans une
mangeoire à bestiaux garni de paille. La solidarité des
bergers est très plausible. Mais que trois rois soient venus
offrir de l'or, de l'encens et de la myrrhe à un bébé
naissant dans une grange en mauvais état, lequel bébé allait
rapidement connaître la vie d'immigré clandestin avec ses
parents s'enfuyant en Égypte, on aimerait y croire sans y
parvenir, connaissant le comportement constant à l'égard des
masses populaires des rois, des riches, des chefs d'État,
militaires, P-DG et autres gros actionnaires.

Ce scénario a connu moult adaptations. Le missionnaire
jésuite Jean de Brébeuf qui vivait chez les Hurons en
Amérique du Nord à partir de 1626 a apporté quelques
modifications aux circonstances de cette naissance pour
rendre Noël crédible auprès de ses hôtes. Le petit Jésus a
été emmailloté dans des peaux de lièvre bien chaudes au lieu
de langes de lin. Il a reposé dans une cabane d'écorce au
lieu d'une crèche. Les bergers inexistants dans les parages
ont été remplacés par des chasseurs. Trois chefs Indiens ont
fait office de rois Mages et ils ont offert  des pelleteries
au bébé, ce qui au Canada fin décembre est infiniment plus
utile que de l'or et de l'encens.

Signalons la dernière grande opération de conversion des
esprits ces dernières années consistant à reprendre le
modèle du marché de Noël créé à Strasbourg au XVIe siècle et
à l'exporter dans toutes les villes avec ses cahutes en
bois, son pain d'épices et ses patinoires. A défaut
d'acheter des objets d'artisanat scandaleusement chers, on
pourra au cours des Noël à venir, boire du vin chaud et
manger des chichis dans les centres villes du monde entier.
L'authenticité des traditions n'est plus à démontrer.


MADE IN HOLLYWOOD
La chaîne arte a passé il y a quelques semaines un
documentaire de Jean-Pierre Meurice sur la façon dont
l'industrie du cinéma à Hollywood a présenté à sa façon les
épisodes marquants de l'histoire des États-Unis. Les
extraits de films étaient ponctués par les commentaires
éclairants, souvent critiques ou ironiques, de deux grands
romanciers américains actuels, Russell Banks et Jim
Harrisson.

A l'écran on pouvait regretter souvent que leurs
commentaires soient trop brefs. Heureusement la totalité des
entretiens de Russell Banks avec le cinéaste Jean-Pierre
Meurice  Amérique, notre histoire, ont fait l'objet d'un
petit livre de 140 pages (éd Actes Sud/arte éditions).
L'écrivain  ne se contente pas de démonter la mythologie
fabriquée par Hollywood en la confrontant à l'histoire
depuis l'arrivée du Mayflower en Amérique jusqu'à la
présidence actuelle de Bush. Il montre comment les mythes
ont nourri et forgé efficacement l'imaginaire collectif
américain, avec ses tensions et ses zones obscures. Il
explique comment les différentes composantes du peuple
américain ont reçu ces mythes et comment les classes
dirigeantes s'en sont servis. Un livre éclairant et facile
à lire sur l'histoire des Etats-Unis et sur leurs
contradictions sociales.


DON QUICHOTTE
Le chef d'oeuvre de Cervantès, Don Quichotte de la Manche,
a inspiré de nombreux artistes dont Daumier, Picasso et le
cinéaste Orson Welles. Ce dernier a tenté pendant quatorze
ans de tourner un film qu'il n'a jamais pu terminer par
manque de temps et surtout d'argent. Entre le tournage
d'autres films et parfois pendant, Welles filmait des
épisodes avec notamment deux acteurs extraordinaires
Francisco Reiguera en Don Quichotte et Akim Tamiroff en
Sancho Pança. On a retrouvé un très grand nombre de bobines
dont on ignorait l'existence pour certaines avant la mort
d'Orson Welles. Jess Franco, Javier Mina et quelques autres
personnes ont fait le choix de monter un certain nombre de
séquences et de créer des dialogues inspirés de l'oeuvre de
Cervantès. Le résultat peut se discuter mais, en dépit de la
qualité inégale de la pellicule, il est fascinant et ne
trahit pas le génie d'Orson Welles (DVD Les Films de ma vie,
114 mn).

Les bonus peuvent être vus avant le film. Le chercheur et
enseignant Jean-Pierre Berthome présente les rapports entre
le livre de Cervantès et l'approche de Welles du " Don
Quichotte ", à la fois d'une grande fidélité et d'une audace
sans pareille avec par exemple les incursions comiques et
pathétiques des deux héros dans le monde moderne.

Les aficionados présents ou futurs du " Don Quichotte " de
Cervantès seront comblés par l'interview de Aline Schulman
qui a proposé une nouvelle traduction en français de cette
oeuvre (réédition en Points Seuil, deux tomes).


Bien fraternellement et bonnes fêtes à toutes et à tous

Samuel Holder

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