Culture & Révolution

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Journal de notre bord

Lettre n°69 (le 6 juin 2006)

Bonjour à toutes et à tous,

A présent on peut se demander si Chirac ne veut pas que son
cher amnistié, Guy Drut, se présente aux élections
présidentielles. Mais peut-être que l'hôte de l'Élysée a
d'autres idées derrière la tête (devant la tête, c'est
plutôt confus) : David Douillet ? Johnny Hallyday ?

Les grands groupes qui dominent l'économie et possèdent les
grands médias ont déjà tranché la question : ils ont décidé
qu'il y aurait un duel Ségolène Royal-Nicolas Sarkozy, un
point c'est tout. " L'opinion publique ", cette déesse
multiforme qui tranche tous les débats et annule toutes les
objections a été dûment formatée pour accepter de bon coeur
ce duel sans danger pour les dominants.

Sarkozy mène une chasse odieuse aux sans papiers. Royal rêve
de militariser les jeunes sans travail, sans parents et sans
espoir. Le Pen est aux anges. Ça tombe bien que Ségo et
Sarko soient sur la même longueur d'ondes ; d'autant mieux
si un jour ils sont obligés de cohabiter au pouvoir. Ces
deux-là, encadrés par leurs conseillers en communication,
vont tester pendant des mois les propos et les gestes bien
réactionnaires, qui mettent à mal " les tabous " et drainent
les électeurs effrayés, désemparés. Dans sa guerre contre
les classes populaires, le Capital est d'avance gagnant avec
ces deux candidats, démagogues d'opérette digne du général
Boulanger, pétaradants, " au-dessus des partis ", répressifs
et moralistes à tout va pour mieux cacher leur servilité à
l'égard de la grande bourgeoisie, une classe qui provoque
des ravages terribles dans la société.

On devrait donc assister à un match bien truqué, avec dopage
audiovisuel permanent et suspense entretenu par des rafales
de sondages. Il y aura des ramasseurs de balles, ceux qui
grogneront puis voteront sans broncher, ceux qui seront des
supporters enflammés, blasés ou résignés. Toute cette
opération Sarko-Ségo a été lancée rapidement, avec de grands
moyens, pour faire oublier au plus vite les leçons de la
lutte victorieuse contre le CPE. Il nous faut d'autant plus
rester sur le terrain de la lutte sociale, le seul terrain
honnête où la démocratie n'est pas une caricature mais une
réalité qui peut changer notre vie.
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La tête comme un ballon
La formule préférée du professeur
Trotskystes
Quand le cinéma est un art
Indestructible
Florence à Rouen
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LA TÊTE COMME UN BALLON
Enfin un pamphlet substantiel et salutaire sur le football
mondialisé qui est à la fois une drogue (" un opium du
peuple "), un business très important et le vecteur de
toutes sortes de préjugés et comportements violents,
racistes, nationalistes et " tribaux ". Ce livre s'intitule
" Le football, une peste émotionnelle, La barbarie des
stades " de Jean-Marie Brohm et Marc Perelman (éd. folio
actuel, 390 pages).

Les auteurs s'inspirent dans leur analyse des travaux de
Marx, de Freud, de Wilhelm Reich, d'Erich Fromm et de
l'école de Francfort (Adorno, Horkheimer et Marcuse
notamment). Ceci dit cet ouvrage est très accessible même
quand on ne connaît pas ou peu ces penseurs.

En s'appuyant sur de nombreuses citations tirées de la
presse depuis trente ans, ils mettent en évidence à quel
point le football-spectacle n'est pas une activité ludique
et artistique, un instrument contre " l'exclusion ", un
" exemple pour la jeunesse " qui serait entaché
malheureusement par quelques " dérives regrettables ". Ils
ne pointent pas seulement les enjeux financiers,
l'utilisation massive et générale du dopage au péril de la
santé et de la vie des joueurs, mais la dimension de
contrôle social et d'abrutissement de masses infantilisées,
grégarisées et atomisées.

Les auteurs se montrent particulièrement sévères, citations
à l'appui, avec tous les intellectuels et aussi les
militants de gauche ou d'extrême gauche qui par démagogie
populiste ou ouvriériste se sont lancés dans des éloges
vibrants du football, surtout à partir de la Coupe du monde
de 1998 (37 milliards de téléspectateurs en fréquence
cumulée et 1,7 milliard ensemble le jour de la finale).

On pourra regretter le côté un peu trop redondant de
certains arguments ou le caractère discutable de certaines
métaphores. Mais le bourrage de crânes est tel qu'il fallait
réagir avec d'autant plus d'énergie. L'existence d'une
organisation officielle et massive de la prostitution dans
le cadre du mondial de 2006 en Allemagne, avec " importation "
de femmes des pays de l'Est, ajoute un autre chapitre
sinistre et édifiant à un ouvrage qui replace le football
dans son cadre " naturel ", celui du capitalisme mondialisé.


LA FORMULE PRÉFÉRÉE DU PROFESSEUR
Êtes-vous fâchés de longue date avec les mathématiques ?
Nous vous suggérons une petite réconciliation fort agréable
avec cette matière réputée ingrate. Une amie nous a fait
découvrir un roman japonais qui peut arranger cela : " La
formule préférée du professeur " de Yoko Ogawa (éd. Actes
Sud, 248 pages). Un grand mathématicien âgé de 64 ans a été
victime d'un grave accident qui a affecté sa mémoire mais
pas ses facultés d'analyse. Il n'est pas facile d'être aide-
ménagère chez un homme comme cela, au caractère rugueux et
dont la mémoire ne dure que 80 minutes. Pas question de le
déranger dans ses réflexions quand il est " dans une
relation d'amour avec les chiffres ". Il faut faire preuve
de beaucoup de tact.

Mais cet homme estime que tout le monde peut prendre plaisir
aux mathématiques, y compris l'aide-ménagère et son fils de
dix ans. " On attrape les mathématiques avec l'intuition,
comme un martin-pêcheur fond soudainement sur l'eau par
réflexe, dès qu'il aperçoit l'éclat d'une nageoire dorsale
dans la lumière ".

A la fin de ce joli roman, on a progressé en mathématiques
mais on n'a toujours pas compris grand-chose aux règles du
base-ball, ce qui n'est pas dramatique.


TROTSKYSTES
Même celles et ceux qui ont fait voeux de ne plus ouvrir la
télé devront faire deux exceptions pour regarder un
documentaire de Guy Girard en deux volets consacrés aux
militants trotskystes.
Sur France 2 :
Jeudi 8 Juin 2006 à 23h05 : " LE MONDE DES TROTSKYSTES "
Jeudi 15 Juin à 23h05 : " LES TROTSKYSTES DU MONDE "
Ces émissions à ne pas manquer nous sont ainsi présentées :
" Les trotskystes sont donc les petits-enfants du " vieux ".
Un voyage dans le monde nous conduira à mettre en parallèle
le passé et le présent de ces militants, tant à travers des
documents inédits qu'à partir de témoignages. Ainsi la
geste, l'action, la modernité des trotskystes seront mises
en lumière, soulignant l'étonnante vitalité et la
métamorphose que ce courant manifeste depuis la chute du mur
de Berlin, la disparition de l'URSS. "


QUAND LE CINÉMA EST UN ART
Pour que le cinéma relève de l'art, il faut à la base une
forte personnalité originale, s'interdisant de se plagier
soi-même et s'arrachant à la routine de l'habile faiseur.

Pour l'instant, le cinéaste italien Nanni Moretti avec
" Le Caïman " et le cinéaste espagnol Pedro Almodovar avec
" Volver " restent pleinement des artistes et des créateurs
libres, y compris par rapport aux conventions narratives ou
aux adaptations à " l'air du temps ".

L'un et l'autre apportent leur humour spécifique qui frôle
la tragédie et inversement. Ils nous déconcertent et
déjouent nos idées toute faites pour nous conduire plus loin
vers de belles émotions. Dans ces deux films, qui n'ont rien
à voir entre eux par ailleurs, on découvre des portraits de
femmes vraies et attachantes.


INDESTRUCTIBLE
Le propre des créateurs géniaux est de résister
magnifiquement aussi bien aux célébrations outrancières
qu'aux phases de dédain ou d'oubli. Le plus stupéfiant est
le succès permanent de ce compositeur allemand du XVIIIe
siècle dont aucune opération médiatique et mercantile n'a
jamais réussi à nous détourner ou à nous lasser de lui.
Mozart tient la forme. Qu'on célèbre tapageusement sa
naissance, sa mort ou dans les années à venir son mariage,
sa première dent, la naissance de son premier fils ou sa
révolte contre son employeur et exploiteur, le prince-
archevêque de Salzbourg, il tiendra le coup face à toutes
les bourrasques promotionnelles. Il n'a pas besoin de nous
pour établir sa réputation mais nous avons terriblement
besoin de lui, de sa musique, de sa correspondance, pour
magnifier ce qu'il y a de plus exaltant dans l'existence
humaine : l'amour, la tendresse, la fraternité, la
vaillance, la gaieté et la nostalgie, le bonheur et sa
perte, le tragique et la complexité des relations humaines.

La musique de Mozart n'est pas simple et paradoxalement elle
nous touche tout de suite. Bien plus elle nous transforme et
nous donne le sentiment que tout reste ouvert, que la beauté
est un bien personnel qui nous unit à d'autres.

Pour découvrit la vie et l'oeuvre de Mozart, on pourra
commencer par le livre de Martine Cadieu, en collection de
poche 10/18 (160 pages). L'auteure allie la qualité de
l'écriture à une érudition impeccable. Les passionnés (on le
devient vite) se plongeront dans le livre de Jean et
Brigitte Massin (Fayard) et le garderont à portée de main.
On ne saurait oublier pour autant une oeuvre profonde et
alerte à laquelle tous les auteurs se réfèrent et rendent
hommage à juste titre, " Mozart " d'Alfred Einstein
(collection Tel, Gallimard).


FLORENCE À ROUEN
Quatre-vingts oeuvres importantes des musées de Florence
sont actuellement exposées au musée des Beaux-Arts de Rouen
jusqu'au 3 septembre. Elles couvrent une vaste période qui
va du XIIIe au XVIIIe siècle. Mentionnons quelques oeuvres
qui méritent d'y aller voir longuement et de près : un Fra
Angelico frais comme s'il venait d'être peint, un magnifique
Botticelli, un portrait de jeune homme par Raphaël, une
Vénus de Lorenzo di Credi à l'expression rêveuse et triste,
deux chefs-d'oeuvre de la tapisserie à partir de dessins de
Bronzino, le petit autoportrait de la peintre Lavinia
Fontana, un portrait touchant d'un père et de son fils par
Véronèse, " l'Homme malade " du Titien, l'Hercule de
Guerchin, etc. Comme le sujet prépondérant dans cette
exposition est le portrait d'un homme ou d'une femme, un bon
fil directeur sur le plan historique et artistique est de
s'attacher aux regards et aux expressions des visages. Le
terme assez fourre-tout d'humanisme retrouve alors
spontanément sa cohérence.

Bien fraternellement à toutes et à tous

Samuel Holder
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