Culture & Révolution

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Journal de notre bord

Lettre n°49 (le 10 octobre 2004)

Bonsoir à toutes et à tous,

Et vous ? Êtes-vous pour ou contre l'entrée de la Turquie
dans l'Union européenne ? Bruxelles a exprimé un oui sous
conditions et se donne dix ans pour officialiser cette
adhésion. Les politiciens dits souverainistes et Le Pen sont
déjà montés au créneau pour clamer leur opposition bien
nationaliste et réactionnaire. Les plus favorables dans le
monde politicien se font hésitants. On vient d'entendre Cohn-
Bendit exprimer ses réticences. Et Laurent Fabius, le
nouveau chevalier blanc pourfendant le néo-libéralisme,
vient de dire non à l'entrée de la Turquie, au prétexte que
ce pays ne fait pas partie de l'Europe et dénaturerait le
sens de la " construction européenne ". Si on s'accroche à
l'argument géographique, en toute logique le rejet de la
Turquie doit s'accompagner de la sortie de la Nouvelle-
Calédonie, de Tahiti et de tous les DOM et TOM de l'Union
européenne. Mais il s'agit pour les politiciens de gauche ou
de droite de surtout prendre le vent de ce qu'on appelle "
l'opinion publique ", concept flou à qui on fait dire tout
et son contraire. La question de fond pour nos bourgeois
européens est beaucoup plus simple mais la réponse est
compliquée ; et elle explique leurs hésitations de
maquignons : l'économie de la Turquie est-elle " soluble "
dans celle de l'Union européenne selon l'expression du
quotidien La Tribune ? Est-ce une bonne affaire qui va leur
rapporter gros ou pas ?

En nous plaçant du point de vue adverse, celui de la lutte
de classe contre les capitalistes, nous avons tout intérêt à
vouloir l'entrée de la Turquie dans l'Europe. Le prolétariat
de ce pays a une grande tradition de luttes courageuses et
acharnées. Ce serait un grand renfort pour tous les salariés
exploités au sein de l'Union européenne pour mener une lutte
commune visant à transformer l'Europe des financiers et des
industriels en une Europe socialiste des travailleurs.
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Revue et débats
Humour made in USA
La vraie vie que j'te dis
Continent sciences
Aimez vous Prague ?
Inculte
Crise et cinéma
Chaleureux d'hier
Chaleureux d'aujourd'hui
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REVUE ET DÉBATS
Le contenu du dernier numéro de la revue Carré rouge (n°30)
est particulièrement intéressant et varié. Plusieurs
articles reviennent sur l'évolution politique et sociale en
France de façon approfondie et diverses contributions,
documents de première main et interview portent sur la lutte
des classes en Allemagne, en Russie, au Venezuela ou sur la
stratégie des USA.

Pour ceux qui l'ignoreraient, Carré rouge n'est pas
seulement une revue mais aussi une équipe qui organise
régulièrement des débats ouverts, débats qui se développent
également sur un site internet :

http://www.carre-rouge.org/


HUMOUR MADE IN USA
À l'approche des élections présidentielles aux États-Unis,
on assiste à une avalanche de publications qui vont de
l'intéressant à l'insignifiant, du regard progressiste à
l'approche bien réactionnaire. Pour comprendre ce qui se
passe au niveau des travailleurs pauvres, nous conseillons à
nouveau un livre plein d'humour et de colère, ce que
n'indique pas son titre rébarbatif dans son édition
française, L'Amérique pauvre, Comment ne pas survivre en
travaillant (édition Grasset) de Barbara Ehrenreich.

Dans la veine corrosive de Michael Moore, Jim Hightower s'en
donne à coeur joie contre les gros bonnets du capitalisme
américain et la bande à Bush dans Ces truands qui nous
gouvernent (éditions du croquant, 461 pages). Hightower a
les limites politiques propres au courant populiste
progressiste américain mais son livre est gorgé de faits
intéressants et souvent consternants. Sa verve carrément
foutraque en rend la lecture très plaisante.

Depuis plus d'un siècle, ce sont en général des écrivains
américains qui s'en sont pris avec le plus de férocité
débridée aux diverses formes de conformismes et d'idioties
propres à la société US. Bill Bryson est un de ces vilains
garnements. Dans Motel Blues (éditions Petite Bibliothèque
Payot), il a raconté à sa façon en 1989 ses deux grandes
virées au travers des États-Unis. À l'exception de quelques
brefs passages discutables, ce livre très drôle est d'une
rosserie qui fait mouche.


LA VRAIE VIE QUE J'TE DIS
Il semble parfois que le tissu essentiel de nos vies soit
fait d'un ensemble d'obligations peu exaltantes. Il faudrait
que nous notions certains jours le nombre de fois où nous
pensons ou commençons une phrase par " il faudrait ".
Vertigineux. On pense aux corvées à venir plus longtemps
qu'elles ne le méritent, faute de pouvoir leur régler leur
compte instantanément. " Il faudrait que je... " Chacun se
reconnaîtra dans un des " je " que voici : " Il faudrait que
je refasse mon cv, que je change ma machine à café
défaillante, que j'ose dire à mes voisins de faire moins de
bruit. Il faudrait que je téléphone à untel, que je renvoie
tel papier administratif, que j'aille chez le dentiste, que
je donne signe de vie à mes parents, que j'apprenne
l'anglais et l'informatique et surtout que je n'oublie pas
l'anniversaire d'untel. Il faudrait que je me procure un
stock de mouchoirs en papier car la saison des rhumes est
ouverte. "

On aimerait en finir avec les innombrables " il faudrait "
qui nous gâchent notre présent sans nous aider à affronter
le futur. Mais ils reviennent toujours au galop, toujours
aussi proliférants. Pour les tenir à distance, il est bon de
leur substituer quelques " il faut ". Par exemple : " Il
faut que je me moque des fâcheux. Il faut que je ferme
parfois la télé pour lire un bon roman. Il faut que je passe
plus de temps à écouter de la musique attentivement au lieu
d'en graver et d'en enregistrer à tout va sans avoir le
temps de l'apprécier. Il faut que j'arrête de me plaindre
(même rien que dans ma tête), que j'arrête de plaindre les
autres, que j'arrête de me plaindre des autres et que
j'arrête aussi d'écouter les plaintes des autres. "

Avec ces fières résolutions ou si l'on préfère ce programme
de transition perso, on se sent déjà mieux et prêt à passer
aux actes. A l'étape supérieure dans la maîtrise de nos
vies, il s'agit de supprimer aussi les " il faut " parasites
et de simplement agir, après s'être dit : écoutons, lisons,
sourions, créons, aimons, comprenons, luttons et advienne un
monde meilleur.


CONTINENT SCIENCES
Pour comprendre les problèmes qui se posent aux
scientifiques et à quels résultats ils sont parvenus, nous
recommandons fortement d'écouter une émission de radio
hebdomadaire intitulée " Continent sciences " sur France
Culture. Elle n'est pas merveilleusement placée dans la
grille horaire : le jeudi de 9h10 à 10h. Mais il est
toujours possible de l'entendre après coup sur le site de
France Culture.

Quand on lit un intitulé d'émission comme " la filière micro-
satellite du projet Demeter " ou " la compréhension des
mécanismes adoptés par les insectes parasitoïdes pour
attaquer leurs hôtes ", on se dit (sottement) : " Ouhlala,
c'est pas un truc pour moi ! ". Erreur. L'invité de
l'émission est toujours un scientifique s'exprimant très
clairement et communiquant en quelques minutes le caractère
passionnant du sujet de sa recherche. Le présentateur de
longue date de cette émission est Stéphane Deligeorges. Il a
l'art de poser de bonnes questions et de faire de brèves
remarques pour rendre les développements les plus
intelligibles possibles. Une autre qualité de cette émission
est de mettre souvent en relief les problèmes politiques et
sociaux liés au sujet scientifique traité.

La prochaine émission du 14 octobre donnera lieu à une
réflexion sur la biologie et sur les développements actuels
en biotechnologie.

http://www.radiofrance.fr/chaines/france-
culture2/emissions/continent_sciences/


AIMEZ VOUS PRAGUE ?
Vers la fin de sa vie en 1984, le poète tchèque Jaroslav
Seifert écrivit un magnifique recueil intitulé " Être poète "
(édition bilingue Le Temps des Cerises, 1998). Il y a tout
juste vingt ans, Seifert avait reçu le prix Nobel de
littérature. Cet homme considéré dans son pays comme un des
plus grands poètes du XXe siècle était totalement absent
dans le catalogue des grands éditeurs français ! Actes Sud
publia un recueil intitulé Le parapluie de Piccadilly et il
y eut une belle réédition des Sonnets de Prague et de
quelques autres poèmes (Seghers/autour du Monde, 1985).
À notre connaissance, les souvenirs du poète (Toutes les
beautés du monde), n'ont jamais été traduits en français.

Le linguiste Roman Jakobsen a dit de Seifert : " Il joint à
une maîtrise splendide de la tradition, orale ou écrite, de
la poésie tchèque, l'impulsion de l'avant-garde au sens le
plus élevé du mot. " La poésie de Seifert célèbre les
beautés de Prague et de la Bohème, la sensualité des femmes
et les émerveillements de l'enfance. Et quand elle parle des
déchirements de l'histoire, de la vieillesse ou de la mort,
elle garde sa fraîcheur et sa légèreté. Pour ceux qui ne
lisent qu'un recueil de poèmes par an (ou par décennie),
" Être poète " de Jaroslav Seifert s'impose.


INCULTE ?
Une nouvelle revue littéraire et philosophique vient de
sortir. Elle s'appelle " inculte " et sur la couverture
s'étale la tête d'un molosse à l'oeil de feu, plutôt
inquiétant. Encore un truc gore ou punk ? Pas sûr. Il y a
peut-être de l'humour à s'appeler inculte si on considère le
contenu assez relevé de cette publication. Ou alors une
pointe d'agressivité à l'égard du futur lecteur peu au fait
de la culture littéraire et philosophique contemporaine ? Ou
encore la volonté des rédacteurs de se refuser à célébrer
aucun culte ? Peu importe. Nous nous sommes laissés séduire
par ce premier numéro pour au moins deux bonnes raisons :
une interview intéressante et déconcertante de William
Gibson, un écrivain d'anticipation très original dont nous
avons eu l'occasion de vous parler sur ce site (voir la
rubrique science-fiction) et un bon dossier sur le regretté
écrivain W. G. Sebald (sur ce dernier, voir notre point de
vue sur le roman " Austerlitz ").

http://www.inculte.fr/


CRISE ET CINÉMA
Si la société est en crise, le cinéma qui en rend compte se
porte bien. Nous avions beaucoup aimé il n'y a pas longtemps
le film d'une grande justesse de Ken Loach, Just a kiss.
Nous avons également beaucoup apprécié Comme une image
d'Agnès Jaoui et Land of plenty de Wim Wenders. Nous
reviendrons plus en détails sur ces deux films dans les
jours qui viennent. A voir également, Carnets de voyage de
Walter Salles, l'équipée de deux étudiants en médecine
argentins découvrant les injustices sociales en Amérique
latine. L'un d'eux est mort exécuté en 1967 sur l'ordre du
dictateur bolivien Barientos. Depuis la récupération
publicitaire ou politique de son image va bon train, ce qui
est classique mais toujours triste. Il s'appelait Ernesto
Guevara.


CHALEUREUX D'HIER
Pour tenir le coup cet automne et même cet hiver, il est
conseillé de découvrir des musiques chaleureuses par leur
swing et leur inspiration et susceptibles de jeter des
éclats de bonne humeur dans notre vie. Au rayon du jazz,
quelques bonnes rééditions des années soixante méritent
l'attention, surtout quand il s'agit de musiciens dont le
nom n'est pas toujours très connu. Arnett Cobb par exemple
est un saxophoniste ténor très attachant. Sa personnalité de
fonceur qui déménage, avec un son de grande ampleur, lui
avait valu le surnom de " wild man of the tenor-sax ". Mais
il savait aussi jouer la ballade tout en délicatesse. Ceux
qui ont eu la chance de le voir au festival de Nice dans ses
dernières années voyaient arriver un homme corpulent se
déplaçant en béquilles à la suite d'un accident de voiture.
Mais une fois bien calé, notre homme empoignait son
instrument et jouait avec une énergie à couper le souffle.
Dès ses jeunes années Arnett Cobb était habité par l'esprit
du blues et annonçait ce qui allait devenir le rythm and
blues et la soul music. Il n'y a pas de mauvais disques
d'Arnett Cobb. On pourra découvrir sa forte personnalité
avec l'album " Movin' Right Along " (CD Prestige) enregistré
en 1960 en compagnie d'une section rythmique superbe : Bobby
Timmons (ou Tommy Flanagan) au piano, Sam Jones à la basse,
Art Taylor à la batterie et Buck Clark, conga.

Attirons à présent l'attention sur l'organiste Lou Bennett,
célèbre en France au début des années soixante pour son
album " Amen " en compagnie du guitariste Jimmy Gourley et
du batteur Kenny Clarke. Encore une bonne mixture de swing,
de blues et de musique soul. Un autre album non moins
excellent de Lou Bennett à l'orgue Hammond vient d'être
réédité : " Enfin ! " C'est le titre de cette séance
enregistrée en 1963 avec un guitariste extrêmement inventif,
René Thomas (CD RCA Victor).


CHALEUREUX D'AUJOURD'HUI
La musique étant de nos jours de plus en plus cosmopolite,
les amateurs de catégories précises ne sont pas à l'aise.
L'album de Christophe Wallemme, " Time Zone " (CD Nocturne.
http://www.nocturne.fr/) pourrait à l'extrême rigueur être
qualifié de jazz moderne latino-balkanique mais ce serait
très réducteur. Pas de standards. Christophe Wallemme, qui
par ailleurs joue de la contrebasse, a composé tous les
morceaux sauf un. Il s'est entouré d'excellents musiciens,
dans l'ensemble plutôt jeunes, d'horizons géographiques
variés et s'entendant parfaitement. David Venitucci joue de
l'accordéon, Stéphane Guillaume de la clarinette et de
divers saxophones, Stéphane Huchard à la batterie, Minino
Garay est au percussion... Le jeune guitariste brésilien Nelson
Veras a particulièrement capté notre attention. Il vient lui-
même de sortir un album en leader avec entre autres le
chanteur et flûtiste Magic Malic (CD Label Bleu/Harmonia
Mundi).


Bien fraternellement à toutes et à tous

Samuel Holder
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