Culture & Révolution

Sommaire

Liste par thèmes

 

Journal de notre bord

Lettre n°2 (21 octobre 2000)

Chers visiteuses et visiteurs,

Merci pour vos messages, tous fort sympathiques, sans 
exception. Notre petite équipe n'est pas prête de se lasser 
de vos encouragements, de vos demandes d'éclaircissements ou 
de vos critiques stimulantes. Soyons clairs, nous en avons 
besoin. Pour que vous puissiez vous exprimer directement 
sans que nous déformions vos points de vue et surtout pour 
que tout le monde puisse en bénéficier, nous allons créer 
une rubrique " Forum ". Vous pourrez ainsi, si vous le 
souhaitez, vous exprimer à votre façon, sur le sujet de 
votre choix.
____________________________________________

 Chroniques nouvelles
 Nouvelles rubriques
 Appeler la chose par son nom
 Crise de nerfs
 Phase terminale
 Promo et plan de carrière
 Vu à la télé
 Effet papillon et effet pognon
 Diderot encore et toujours
 De l'art sur du papier
 Beautes africaines
 Hamlet
 In situ
____________________________________________

CHRONIQUES NOUVELLES
Depuis le 27 septembre dernier, nous avons mis sur le site 
des points de vue sur le film " Le Tableau noir ", sur une 
nouvelle de Jack London " Construire un feu " et sur des 
livres et des disques consacrés à Jean-Sébastien Bach.

NOUVELLES RUBRIQUES
Outre la rubrique " Forum " dont nous venons de parler, nous 
avons créé une rubrique intitulée " En question " pour 
permettre à tous ceux qui collaborent à ce site d'aborder 
des problèmes qui leur tiennent à cœur sous un angle 
éventuellement nouveau. Deux contributions s'y trouvent 
déjà, l'une intitulée " Citoyen, liberté, contrat : le 
miroir aux alouettes ? " et l'autre " La guerre contre le 
peuple palestinien ".

APPELER LA CHOSE PAR SON NOM
Il n'y a pas bien longtemps, on ne parlait plus que du 
libéralisme et fort peu du capitalisme. Dans les milieux de 
gauche ou d'extrême gauche, on commençait de plus en plus à 
employer le terme de libéralisme à la place de capitalisme. 
Il faut dire que l'offensive idéologique des tenants du 
système était si brutale et efficace, que les militants 
constataient que autour d'eux et dans la jeune génération le 
mot libéralisme avait plus de sens et évoquait davantage le 
système économique mondial que ce vieux mot de capitalisme. 
Parmi eux, certains avaient peut-être peur aussi d'être 
ringards, archaïques, lourds, dépassés ...dans leur 
vocabulaire. C'était en quelque sorte " le complexe de la 
chute du mur ". Eh bien il y a des gens pour nous aider à 
trancher le débat et à être sans complexe. Prenez Alain Minc 
: il vient de sortir un livre intitulé " www.capitalisme.fr ".
Prenez Jean-Marie Messier, le patron du groupe Vivendi. 
Il vient de publier un livre intitulé " J6.com " où on 
retrouve le mot capitalisme à foison. Notre propos ne va pas 
plus loin. Il est bien entendu qu'ensuite ces messieurs et 
leurs semblables essaient de nous vendre, au sens propre 
comme au sens figuré, " la nouvelle économie " ou " la net-
économie ". 

CRISE DE NERFS
Justement les actions de la " nouvelle économie " ont un peu 
de plomb dans l'aile ces derniers temps. Le 12 octobre 
dernier avec la chute sur toutes les places boursières, le 
Figaro titrait : " Les marchés au bord de la crise de nerfs ".
C'est curieux comme ces gens-là attribuent des sentiments 
et des émotions (" reprise de confiance, morosité, crise de 
nerfs, etc.) aux choses abstraites concernant l'argent sous 
toutes ces formes. A l'inverse ils emploient le langage des 
choses de l'argent pour parler des êtres humains : gérer les 
ressources humaines, combler le déficit de confiance des 
agents de production, etc. Marx avait dévoilé cela et frappé 
en pleine cible en écrivant que " le capital est un rapport 
social médiatisé par des choses ".

PHASE TERMINALE
Derrière l'expression " nouvelle économie " qui n'est qu'une 
étiquette, il va nous falloir examiner de très près en quoi 
les nouvelles technologies modifient le système global et 
accélèrent ses contradictions. Jeremy Rifkin, économiste 
américain, nous aide, bien involontairement, à analyser les 
tendances de cette économie capitaliste qu'il affectionne 
tant et à penser l'avenir communiste de l'humanité. Avec une 
naïveté comique, il écrit : " Notre dévotion à l'égard du 
marché est sans partage. Nous chantons ses louanges et 
admonestons ses détracteurs. Qui n'a pas plaidé avec 
passion, un jour ou l'autre, les vertus du marché et de la 
propriété ? " (et nous tous, de nous écrier : " moi, moi, 
moi ! ") Mais Rifkin enchaîne placidement, comme s'il 
voulait nous persuader qu'il n'est jamais sorti de sa Wall 
street : " Les notions de liberté individuelle, de droits 
inaliénables et de contrat social sont des attributs 
inséparables de cette fiction sociale fondamentale. " C'est 
en page 10 de son livre intitulé " L'âge de l'accès, la 
révolution de la nouvelle économie ". Mais ce qui va 
s'écrire dans le futur, au travers des luttes et des 
analyses, c'est un autre livre qu'on intitulera : " L'âge de 
l'excès, phase terminale du capitalisme, la révolution 
mondiale de la nouvelle société ". 

PROMO ET PLAN DE CARRIÈRE
Le feuilleton des aventures entre Tibéri et Séguin manque de 
souffle. Tous les politiciens de droite, Chirac en tête, 
restent comme sonnés, ko debout, par la cassette du Méry de 
Paris et d'outre tombe. Le parti de Jospin est lui aussi 
visé mais quand on est au gouvernement, ça peut aider à 
faire diversion. Ne parlons plus de la Gauche plurielle. Le 
temps est venu de la Gauche People, celle qui s'étale dans 
la presse dite " people " (Gala, etc.). Le siège du PC est 
le rendez-vous du Tout Paris pour un défilé de mode. Jack 
Lang en a rêvé au siège du PS, Robert Hue l'a fait au siège 
du PC.

" Martine rejoint Lille et son amour " nous dit Match en 
couverture. Émouvant non ? Martine Aubry a fait la guerre 
aux travailleurs avec ses mesures et ses lois si profitables 
aux patrons. Bisous de tous les côtés pour la remercier. 
Même le baron Seillière a dû se pincer très fort pour ne pas 
céder à la tentation. De toute façon tout ce petit monde 
fait la navette entre les affaires gouvernementales et les 
affaires tout court. Aubry était à une époque le bras droit 
de Gandois, le prédécesseur de Seillière, dans le staff de 
direction de Pechiney. Frédérique Bredin, ex-ministre, ex-
maire de Fécamp et ex-députée socialiste quitte 
(momentanément) la politique pour rejoindre le groupe 
Lagardère. Elle l'a fait discrètement : on ne sait pas si 
c'est en CDD ou en CDI ni pour quel salaire. On va pas trop 
se tracasser pour elle ni pour l'avenir de Martine Aubry et 
Élisabeth Guigou. 

De vraies stars du showbiz politicien ! Elles ont soigné la 
promo de leur plan de carrière. Un livre avec plein de 
photos de famille de la ministre Guigou est sorti juste 
avant sa nomination à la place d'Aubry (par le plus grand 
des hasards). Ca s'appelle " Une femme au cœur de l'État ". 
Et qui a bien l'intention d'y rester ! Déjà fillette, elle 
rêvait d'être diplomate. N°3 dans le gouvernement, c'est 
encore mieux qu'un rêve. Pour gravir d'autres échelons, il 
va falloir faire barrage à Aubry. Reprise de Dallas au PS 
dans les deux ans.

Mais Aubry a l'avantage pour l'instant. Elle est la chouchou 
des média qui susurrent : première ministre ? présidente de 
la République ? Nous, on la verrait bien à la tête des 
armées de l'OTAN, " énergique et humaine ", pour mener des 
guerres contre des peuples sous prétexte de combattre un 
dictateur (voir la guerre du Golfe et celle en ex-
Yougoslavie). 

VU À LA TÉLÉ
Ca se passe chez Bernard Pivot qui " sert la soupe " à ses 
invités. VGE est là (Valéry Giscard d'Estaing). Il a 
tendance à réclamer de la soupe plus souvent qu'à son tour. 
Bref il n'attend pas que Pivot lui donne la parole pour 
s'emparer de la soupière. Le sénateur " socialiste " Henri 
Weber est là. Il sourit béatement à VGE. Il a écrit un livre 
à la suite de questions de ses filles : " Dis, Papa, c'est 
quoi la Gauche ? C'est quoi la différence avec la Droite ? " 
(Les jeunes, y compris les filles d'un sénateur socialiste, 
sont d'une perfidie sans nom par les temps qui courent). 
Donc Weber a besoin d'écrire un livre pour leur faire 
comprendre la différence qui ne saute aux yeux de personne. 
On apprend alors que son livre se termine par un hommage et 
une citation de Tocqueville, politologue du XIXe siècle qui 
sert depuis sa mort de référence " intelligente " à tous les 
gens de droite. Devant cette impudence du sénateur " de 
gauche ", VGE a failli avaler sa soupe de travers...

Chez Pivot un autre soir. Il y a parmi les invités quelqu'un 
de vraiment bien, qui dit peu de choses mais très 
pertinentes : Pierre Dumayet. Il a fait des émissions 
excellentes sur les livres lus par des gens, des paysans, 
des forains, des ouvriers, des servantes, etc. Mais ce soir-
là, il n'est pas causant, le bougre. Hervé Bourges, ancien 
patron de chaînes télé (la 1, la 2 et la 3..), adorateur de 
l'audimat, est sur le plateau et ça n'est pas pour le mettre 
en joie, Dumayet. En dépit de la rafale de questions de 
Pivot, il se concentre sur la dégustation des excellents 
chocolats qu'il lui a proposés. On lira donc le livre de 
Dumayet : " Autobiographie d'un lecteur ".

EFFET PAPILLON ET EFFET POGNON
L'effet de serre détraque-t-il le climat ? Les scientifiques 
tentent de répondre mais c'est complexe et ils ne sont pas 
tous d'accord entre eux. Ce mois-ci on trouve plusieurs 
articles intéressants sur les changements climatiques dans " 
Science et Vie ", " la Recherche " et " Pour la Science ". " 
Le climat s'emballe-t-il ? " Les deux auteurs de l'article 
de la Recherche ne s'emballent pas. Il n'y a pas de tendance 
nette. Il semble acquis que le rail des dépressions de 
l'Atlantique nord va remonter vers le nord et parfois l'est. 
Pour le reste les modèles de projection se contredisent et 
on devrait y voir plus clair dans une dizaine d'années (au 
mieux). Dans l'article de " Science et vie " qui expose 
clairement en quoi consiste l'oscillation nord-atlantique 
qui détermine la nature des hivers en Europe, l'auteur 
rappelle que le météorologiste Edward Lorenz avait imaginé " 
l'effet papillon " pour rendre compte du fait qu'une petite 
variation climatique pouvait être suivie de grands effets ; 
d'où son image d'un papillon battant des ailes à Pékin et 
provoquant une tempête en Floride. Il y a beaucoup 
d'éléments climatiques aléatoires et l'atmosphère n'a pas de 
mémoire. Fort bien. Mais en dehors de l'image de " l'effet 
papillon " et de la réalité de " l'effet de serre " dont il 
est difficile d'évaluer l'impact sur le climat, il est clair 
qu'en filigrane de ces articles, il y a un " effet pognon " 
tout à fait net et identifiable à plusieurs niveaux. Dans 
son article de la Recherche intitulé " Sur une obsession 
collective ", Olivier Postel-Vinay ironise sur les équipes 
de chercheurs qui demandent toujours plus de milliards de 
dollars pour affiner leurs modèles sur les changements 
climatiques. " Science et Vie " rappelle que les conclusions 
du climatologue américain Jim Harrell en 1996 attribuait le 
réchauffement de l'atmosphère avant tout aux changements 
climatiques dans l'hémisphère nord. Les firmes pétrolières 
et charbonnières ont accueillis avec enthousiasme ses 
conclusions et l'une d'elle a embauché un de ses 
collaborateurs comme consultant, c'est-à-dire de caution 
scientifique pour continuer à émettre en masse des gaz à " 
effet de serre " en toute tranquillité.

L'article de Paul Epstein dans Pour la Science est intitulé :
" Oui, le réchauffement de la terre est dangereux ". Il 
apporte une masse de données intéressantes sur les dégâts 
déjà entraînés sur l'environnement par ce réchauffement et 
l'alternance de précipitations et de sécheresses 
inhabituelles, en particulier le développement d'une série 
de maladies infectieuses (dengue, paludisme, encéphalite, 
choléra, etc.). Précisons pour notre part que tout cela 
n'est pas côté en Bourse. Donc on va vers d'autres 
catastrophes infectieuses si les maîtres du monde actuel 
restent aux manettes.

DIDEROT ENCORE ET TOUJOURS
Vous connaissez une avenue Diderot, un collège Diderot, un 
lycée Diderot et vous avez ouï dire que Denis Diderot a 
accompli un travail de titan avec son collègue D'Alembert 
pour réaliser l'Encyclopédie quelques années avant la 
Révolution française de 1789. Diderot était aussi romancier, 
philosophe matérialiste, dramaturge, épistolier, 
pamphlétaire, critique d'art... Pour avoir un aperçu 
d'ensemble de la vie et de l'œuvre de Diderot, lisez le 
dossier du " Magazine littéraire " de ce mois qui lui est 
consacré. 

Mais vous n'avez encore rien lu de Diderot. Il n'y a pas de 
quoi avoir honte mais vous ne pouvez pas rester dans cet 
état. Par l'effet d'un snobisme bien français, ceux qui se 
mettent à lire de grandes œuvres classiques, disent toujours 
qu'ils sont en train de " relire tel livre ". Épargnons-nous 
ce ridicule. Nous conseillons sans hésitation de commencer 
par " Le Neveu de Rameau ", un dialogue drôle, subversif et 
profond (en folio, seulement 100 pages, et il y a d'autres 
textes qui décoiffent à la suite). Tant qu'il y aura des 
gueux, des riches, des masques sociaux et toute la comédie 
qui va avec, le Neveu de Rameau sera d'actualité.

DE L'ART SUR DU PAPIER
A Paris, non loin de l'esplanade de Beaubourg, la Galerie 
Lucette Herzog (23, passage Molière) expose des gravures, 
lithographies et encres sur papier de Bram van Velde et 
Pierre Alechinsky. Ce dernier, toujours alerte et créatif, 
fit partie d'un groupe d'artistes d'avant-garde après la 
seconde guerre mondiale s'intitulant COBRA parce qu'ils 
étaient originaires de COpenhague, de BRuxelles et 
d'Amsterdam. Alechinsky a collaboré ou a été inspiré par de 
nombreux écrivains. Il passe en souplesse de la figure à la 
calligraphie, combine frises et cadre central, traits 
sinueux et aplats colorés audacieux, avec une délicate 
ironie ou un lyrisme nerveux.

Bram van Velde est un grand peintre " abstrait " mort en 
1981. Son oeuvre demande une attention particulière et elle 
donne en retour beaucoup, quand tout un faisceau d'émotions 
se déclenche en nous. Il avait de rares amis qui étaient 
aussi des amis rares. Parmi eux, Charles Juliet dont il faut 
lire ses " Rencontres avec Bram van Vellde (éditions Fata 
Morgana) et sa présentation de ses lithographies (Maeght 
Editeur) ; Samuel Beckett dont il faut lire " Le Monde et le 
Pantalon " (éditions de Minuit). A lire et voir, le très 
beau catalogue de l'exposition de 1989 au Centre Georges 
Pompidou.

BEAUTES AFRICAINES
L'Afrique est un continent particulièrement pillé et 
martyrisé par les maîtres de l'économie mondiale qu'ils 
résident à Paris, à Londres, à Bruxelles ou à New York. Ces 
banquiers bien élevés, ces gouvernants qui se disent " 
démocrates ", ces " décideurs " si polis de Totalfina, 
Exxon, de la De Beers et de touts les grands groupes qui 
contrôlent et pompent toutes les richesses de l'Afrique 
paient des hommes de mains sanguinaires sur place pour que 
tout se passe bien...pour leurs actionnaires. L'Afrique est 
inévitablement associée aujourd'hui à des images d'horreur, 
de famine, de massacres, d'épidémies dévastatrices. Dans 
cette situation toujours plus dramatique où se trouve 
plongée l'Afrique, il faut d'autant plus saluer les 
créateurs africains pourvoyeurs de beautés en littérature, 
en art ou en musique. Bonga est l'un d'eux. Ce chanteur 
angolais a enregistré en 1972 et 1974 deux beaux disques qui 
viennent d'être réédités ensemble. C'était l'époque où Bonga 
s'était engagé dans la lutte contre le colonialisme 
portugais. Si vous aimé la musique de Césaria Evora, vous 
apprécierez celle de Bonga qui a écrit et interprète une 
chanson reprise par elle : Saudade. Bonga a mêlé avec 
bonheur la musique traditionnelle de l'Angola, celle du fado 
portugais et celle du Cap-Vert. 

HAMLET
Nous avions conseillé la dernière fois de ne pas rater le 
Hamlet de Shakespeare mis en scène par Peter Brook, sans 
apporter plus de précisions car nous n'en savions pas 
davantage. Les représentations commenceront le 28 novembre 
prochain aux Bouffes du Nord à Paris.

IN SITU
Dans la rubrique " liens " nous avons mis les coordonnées du 
site de nos amis de " Cinquième Zone " : 
http://www.multimania.com/zone5/ [Attention, cette adresse a changé (ndr du 13/12/2002)]
Nous avons introduit celles du tout nouveau site de nos amis 
publiant le " Bulletin de liaison des études sur les 
mouvements révolutionnaires " qui s'appelle désormais
" dissidences " : http://www.dissidences.net/. Dans leur 
dernier numéro de septembre, ils consacrent un dossier au 
surréalisme.

Bien fraternellement à toutes et à tous

Samuel Holder
_______________________________________

  Pour recevoir ou ne plus recevoir
    cette lettre, écrivez-nous:

  mèl: Culture.Revolution@free.fr
 http://culture.revolution.free.fr/
_______________________________________

Retour