« Land of plenty », pays d'abondance, est le titre d'une chanson de
Leonard Cohen. Ce qui abonde dans la société américaine d'aujourd'hui est
essentiellement un terrible malaise au sein des classes populaires et des classes moyennes ; un malaise qui
s'exprime de diverses façons contradictoires. Depuis les attentats du 11 septembre, le poison de
la paranoïa court dans les veines de nombreux citoyens américains. La misère sociale
provoque de terribles ravages mais la « menace du terrorisme » est un moyen de la nier et de la
reléguer dans des zones précises des grandes villes.
Wim Wenders ne cherche pas à démontrer et à faire la leçon, même s'il
exprime sans lourdeur ses convictions de chrétien humaniste. Il conduit avec une grande maîtrise
une histoire touchante du temps présent. Au coeur de cette histoire se trouvent deux êtres
perdus dans un monde d'angoisses et d'injustices que symbolise parfaitement Los Angeles,
« capitale de la faim » et de la violence urbaine.
Depuis le 11 septembre et le bourrage de crâne de l'administration Bush, Paul,
vétéran de la guerre du Vietnam, se remet sur le pied de guerre. Avec sa camionnette
bourrée d'instruments de surveillance, micros, radios, caméras, jumelles à
infrarouge, il cherche à détecter « les terroristes » partout dans la ville
où ils pourraient se nicher et comploter. Ces immigrés orientaux sans abris ne seraient-ils pas
en train de préparer un attentat lorsque Paul les observe en train de s'échanger des
cartons de Borax, une marque de lessive ? En parallèle de cette traque absurde et sinistre, on suit sa
jeune nièce, Lana qui a vécu en Afrique et en Israël. Elle revient au pays natal
après le décès de sa mère. Lana est une chrétienne convaincue, une jeune
fille discrète et active qui va mettre son dévouement au service d'un foyer pour sans-abri
tenu par un pasteur noir. Une nièce croyant en la fraternité universelle et un oncle
méfiant et toujours prêt à dégainer sans rime ni raison, deux personnes aussi
dissemblables peuvent-elles se rencontrer et se comprendre ?
Wim Wenders ne suggère pas qu'avec de la bonne volonté, tout pourrait s'arranger. Mais
la vraie force pour changer la donne actuelle de la paranoïa sécuritaire et de la misère
est évidemment du côté de Lana. La jeune fille est consciente que la politique des
États-Unis a engendré beaucoup de haine contre les « Américains » sans
distinction parmi les peuples opprimés. Elle a vu des Palestiniens manifester leur joie en voyant
à la télévision la chute des tours de Manhattan. Comment sortir de ce piège ? Que
va-t-il nous arriver aux USA et ailleurs ? Le dieu auquel croient si fort Lana et Wim Wenders est de toute
évidence aux abonnés absents pour répondre à ces questions qui se posent aux
humains.
Un beau film, emblématique de ce début de siècle ouvert sur l'inconnu.
Le 6 octobre 2004
Samuel Holder
URL d'origine de cette page http://culture.revolution.free.fr/critiques/Wim_Wenders-Land_of_plenty.html