Land of plenty

Film de Wim Wenders

Scénario de Michael Meredith et Wim Wenders,
Avec John Diehl, Michelle Williams, Richard Edson et Wendell Pierce
2004, 118 minutes

« Land of plenty », pays d'abondance, est le titre d'une chanson de Leonard Cohen. Ce qui abonde dans la société américaine d'aujourd'hui est essentiellement un terrible malaise au sein des classes populaires et des classes moyennes ; un malaise qui s'exprime de diverses façons contradictoires. Depuis les attentats du 11 septembre, le poison de la paranoïa court dans les veines de nombreux citoyens américains. La misère sociale provoque de terribles ravages mais la « menace du terrorisme » est un moyen de la nier et de la reléguer dans des zones précises des grandes villes.

Wim Wenders ne cherche pas à démontrer et à faire la leçon, même s'il exprime sans lourdeur ses convictions de chrétien humaniste. Il conduit avec une grande maîtrise une histoire touchante du temps présent. Au coeur de cette histoire se trouvent deux êtres perdus dans un monde d'angoisses et d'injustices que symbolise parfaitement Los Angeles, « capitale de la faim » et de la violence urbaine.

Depuis le 11 septembre et le bourrage de crâne de l'administration Bush, Paul, vétéran de la guerre du Vietnam, se remet sur le pied de guerre. Avec sa camionnette bourrée d'instruments de surveillance, micros, radios, caméras, jumelles à infrarouge, il cherche à détecter « les terroristes » partout dans la ville où ils pourraient se nicher et comploter. Ces immigrés orientaux sans abris ne seraient-ils pas en train de préparer un attentat lorsque Paul les observe en train de s'échanger des cartons de Borax, une marque de lessive ? En parallèle de cette traque absurde et sinistre, on suit sa jeune nièce, Lana qui a vécu en Afrique et en Israël. Elle revient au pays natal après le décès de sa mère. Lana est une chrétienne convaincue, une jeune fille discrète et active qui va mettre son dévouement au service d'un foyer pour sans-abri tenu par un pasteur noir. Une nièce croyant en la fraternité universelle et un oncle méfiant et toujours prêt à dégainer sans rime ni raison, deux personnes aussi dissemblables peuvent-elles se rencontrer et se comprendre ?

Wim Wenders ne suggère pas qu'avec de la bonne volonté, tout pourrait s'arranger. Mais la vraie force pour changer la donne actuelle de la paranoïa sécuritaire et de la misère est évidemment du côté de Lana. La jeune fille est consciente que la politique des États-Unis a engendré beaucoup de haine contre les « Américains » sans distinction parmi les peuples opprimés. Elle a vu des Palestiniens manifester leur joie en voyant à la télévision la chute des tours de Manhattan. Comment sortir de ce piège ? Que va-t-il nous arriver aux USA et ailleurs ? Le dieu auquel croient si fort Lana et Wim Wenders est de toute évidence aux abonnés absents pour répondre à ces questions qui se posent aux humains.

Un beau film, emblématique de ce début de siècle ouvert sur l'inconnu.

Le 6 octobre 2004

Samuel Holder

Retour 1 < O M /\

URL d'origine de cette page http://culture.revolution.free.fr/critiques/Wim_Wenders-Land_of_plenty.html

Retour Page d'accueil Nous écrire Haut de page