Dirty Pretty Things

Film britannique de Stephen Frears

Avec Chiwetel Ejiofor, Audrey Tautou et Sergi Lopez
2003, 107 minutes

Faire un film à suspense avec une histoire d'immigrés clandestins et de trafic d'organes, il faut oser. Stephen Frears n'a visiblement pas hésité un seul instant. Il a déjà derrière lui des films étranges qui frappent fort et juste comme My beautiful laundrette, Sammy et rosie s'envoient en l'air, Les Liaisons dangereuses, The Snapper ou The van. Certains critiques ont trouvé bien inutilement de l'allégorie ou de l'artifice dans ce Dirty Pretty Things. C'est une histoire très dure mais bien d'aujourd'hui. Aussi vraie et aussi invraisemblable que le monde dans lequel nous vivons et nous mourons : à cause de la misère, des dictatures du tiers monde, du pouvoir du fric et des flics, avec toutes sortes d'horreurs en prime pour faire bon poids. Ça passe ou ça casse. Le spectateur se la prend en pleine figure cette histoire de deux immigrés attachants : il peut rester froid ou être ému, Stephen Frears n'en a cure. C'est un morceau de la réalité sociale des plus désagréables qu'il a mis à l'écran.

Owke est un sans papiers de Londres, un Nigérian obligé d'exercer deux métiers : chauffeur de taxi le jour et réceptionniste dans un hôtel de grand standing la nuit. Très peu de sommeil. Il lui faut mâcher certaines herbes pour tenir. Il fait parfois une partie d'échecs avec un copain chinois, immigré comme lui qui travaille à la morgue. Quand il quitte sa chambre, il la cède à une jeune immigrée turque, Senay, qui fait le ménage le jour dans le même hôtel que lui. Un hôtel où il se passe des choses particulièrement « dirty », bien moches pour certains, afin que les choses soient « pretty », jolies, c'est-à-dire bien lucratives pour d'autres.

Le film n'affiche aucune volonté démonstrative. Il nous montre des immigrés qui n'ont rien de « typique », de conforme aux idées générales, donc réductrices et fausses, qu'on peut se faire d'un immigré africain ou d'une immigrée turque. Lesquels en l'occurrence se sont affranchis des traditions religieuses et sociales pesantes de leur pays d'origine. Audrey Tautou et Chiwetel Ejiofor incarnent ces deux immigrés courageux, à la riche personnalité. L'une est très crédible et l'autre est formidable.

Le 20 septembre 2003

Samuel Holder

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