Sous le règne de Bone

de Russell Banks

Éditions Babel (réimpression Actes sud 2000)
438 pages

A Plattsburgh, ville située au nord de l'État de New York, la vie de Chappie, 14 ans, n'a rien d'idyllique. La cohabitation est difficile avec sa mère, aide-comptable dans un hôpital, et encore plus avec son beau-père, nettoyeur dans une base aérienne. Chappie fait tout ce qu'il faut pour être insupportable. Il ramène des mauvaises notes, il ne donne jamais un coup de main dans le mobile home familial et il chaparde pour fumer de la drogue. Évidemment ses anneaux dans le nez et les oreilles ainsi que sa crête à l'indienne n'arrangent rien avec son entourage.

Le romancier s'est glissé dans la personnalité de ce garçon de prime abord antipathique qui se révèle fragile et plutôt attachant. Chappie raconte sa vie avec une franchise décapante.

Il se retrouve sous la coupe de motards abrutis de drogue et de musique « heavy metal » auxquels vont succéder d'autres trafiquants plus ou moins dangereux. Pour jouer au dur, Chappie s'est fait tatouer deux os croisés sur le bras et il décide de se faire appeler « Bone ». Ce changement d'identité ne l'empêche pas de rester un gosse perdu, désirant retrouver son vrai père et faire la paix avec sa mère.

En rencontrant un vieux Jamaïquain, adepte du mysticisme rasta, il espère connaître enfin quelqu'un qui n'abusera pas de lui. Sous l'apparence de relations plus humaines, il se retrouve soumis au circuit de la drogue. En Jamaïque comme aux États-Unis, il faut vendre quelque chose pour survivre : de la drogue, ses bras ou son corps.

Russell Banks pose en filigrane la question suivante : comment des jeunes comme Chappie peuvent-ils garder le goût de vivre et échapper au naufrage d'une société gangrenée par l'argent et la drogue ? Il n'y a évidemment pas de réponse dans ce roman. Mais il nous fait partager les tourments de son héros et son aspiration inextinguible à rencontrer des personnes dignes de confiance et d'amitié.

Le 27 juin 2001

Samuel Holder

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