Berthe Morisot

de Dominique Bona

Éditions Grasset (2000)
347 pages

Le nom peintre ne se dit pas au féminin. Qu'importe. Berthe Morisot est un des grands peintres du XIXe siècle. Elle a participé à toute l'aventure du mouvement impressionniste avec une fidélité sans faille et l'admiration de tous ses confrères, Manet, Degas, Renoir, Pissarro, Caillebotte, etc.

Les études sur elle ne manquent pas ces dernières années. C'est plutôt une rétrospective de son œuvre qu'on attend depuis longtemps en Europe. Le livre de l'américaine Anne Higonnet1, très documenté, faisait la part belle à la correspondance de l'artiste et de ses proches.

Ce livre de Dominique Bona est également une biographie mais qui a les qualités d'évocation d'un roman. Non seulement toute la carrière de Berthe Morisot est présentée avec finesse mais on sent aussi le souffle et la trame de l'histoire sociale française au cours de sa vie (1841-1895) : le Second Empire, la Commune de Paris et les premières décennies de la Troisième République.

La famille bourgeoise de Berthe Morisot avait l'esprit suffisamment ouvert pour ne pas étouffer ses dons. Elle ne pouvait pas suivre les cours de l'École des Beaux-Arts qui ne fut ouverte aux femmes qu'en 1897, deux ans après sa mort ! Ce fut donc un enseignement particulier auprès de peintres réputés comme Guichard et surtout Corot qu'elle reçut avec sa sœur Edma. Guichard donna cet avis prémonitoire à leur mère : « Avec des natures comme celles de vos filles, ce ne sont pas des petits talents d'agrément que mon enseignement leur procurera ; elles deviendront des peintres. Vous rendez-vous compte de ce que cela veut dire ? Dans le milieu de grande bourgeoisie qui est le vôtre, ce sera une révolution, je dirais presque une catastrophe. Êtes-vous bien sûr de ne jamais maudire un jour l'art qui, une fois entré dans cette maison si respectablement paisible, deviendra le seul maître de la destinée de vos deux enfants. » (page 38)

Mme Morisot ne voulut pas contrarier l'enthousiasme de ses filles pour la peinture mais seule Berthe eut la force de braver les pressions sociales et d'aller jusqu'au bout de son rêve de devenir une grande artiste. Edma « finira engluée dans son ménage, pouponnant, confiturant, et regrettant les belles années où elle peignait. » (page 61)

Corot avait fait découvrir à Berthe la peinture de plein air et elle fut ensuite attirée par la peinture de Manet, au moment où il était le plus moderne et le plus scandaleux des peintres de son époque. L'amitié et l'influence réciproques entre Berthe Morisot et Édouard Manet dureront jusqu'à la mort de ce dernier.

Comparant son style à celui d'un autre peintre impressionniste, l'américaine Mary Cassatt, Dominique Bona écrit : « Le pinceau de Mary Cassatt cerne davantage, pousse le sujet vers l'avant, et exprime une prédilection pour le blanc. Berthe Morisot est plus colorée, plus rapide ; sa manière de peindre qui se pose sur la toile reste unique. Légère, elle évolue vers toujours plus de liberté et de lumière. Un jour, le trait ne sera plus que suggestion pure. » (page 199) Elle a exploré la peinture mais aussi l'aquarelle, le pastel et le dessin dans un style à la fois allusif et vigoureux. Un autre de ses amis, le poète Stéphane Mallarmé, écrit à l'occasion d'une exposition de ses œuvres en 1887 : « Tant de clairs tableaux irisés, ici, exacts, primesautiers, eux peuvent attendre avec le sourire futur... » Quelques œuvres de Morisot nous sourient à Paris au musée d'Orsay et au musée Marmottan. Mais l'essentiel de son œuvre est dispersé dans quelques musées du monde, surtout américains, et dans des collections particulières.

Comme complément à la lecture de ce livre réussi, nous recommandons, en particulier pour ses reproductions, le livre de Jean Dominique Rey2 et la visite de quelques sites et musées3.

Le 30 juin 2001

Samuel Holder

1 Berthe Morisot, une biographie, par Anne Higonnet – éd Adam Biro 1989 – 236 pages

2Berthe Morisot, de Jean Dominique Rey – éd Flammarion 1982- 95 pages, 66 illustrations

3Musée d'Orsay, Paris( Le berceau, La chasse aux papillons, Jeune femme se poudrant... ), Musée Marmottan, Paris (Au bal, Fillette au panier, Julie Manet...), Musée du Petit Palais, Paris (Sur la pelouse), Musée Fabre, Montpellier (Jeune fille près d'une fenêtre), National Gallery, Londres (Jour d'été), Musée d'Ixelles, Bruxelles (Intérieur de cottage ou L'Enfant à la poupée), Ordrupgaardsamlingen, Copenhague (Portrait de Madame Hubard...), Museum of Art, Cleveland (L'Ombrelle verte, Mademoiselle Louise Riesener...), The Art Institute of Chicago (Jeune femme à la toilette, Femme et enfant sur un balcon...), National Gallery of Art, Washington, D.C. (Vue du petit port de Lorient, Portrait de Madame Pontillon...), The Toledo Museum of Art, Ohio (Dans les jardins de Maurecourt...), The Metropolitan Museum of Art, New York (Jeune femme assise au bois...), Le Louvre, Cabinet des dessins, Paris...

Quelques sites où trouver des reproductions de ses tableaux :

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