Ariel approche la trentaine mais la maturité est encore devant lui. On peut se
demander si elle finira par pointer le bout de son nez et par le rattraper. En attendant il parle beaucoup,
il s'interroge, il court dans les rues de Buenos Aires à la recherche de tellement de
réponses sur lui-même, sur sa famille juive d'origine polonaise, sur certains voisins dont
le comportement est passablement intrigant.
Sa mère, Sonia, tient une boutique de lingerie dans une vielle galerie marchande et elle adore danser.
Mais pourquoi diable continue-t-elle à téléphoner longuement à son ancien mari,
Elias, qui a abandonné sa famille pour aller se battre en Israël en 1967 ? Ariel déteste
Elias, le combattant sioniste et le père prodigue qu'il n'a jamais vu. Il voudrait
connaître la vérité mais sa mère lui joue toujours la grande scène du deux
dès qu'il veut éclaircir cette histoire.
La galerie marchande est plutôt chaleureuse et riche en histoires croquignolettes avec ses Italiens,
ses Coréens, ses Juifs et ses Indiens. Son frère, le jovial et dynamique Joseph, achète
tout ce qui pourrait à tout hasard se revendre, bibelots, gadgets ou bicyclettes. Sa grand-mère
est bien gentille mais ses gâteaux traditionnels accompagnés de soda tiède sont
immangeables.
Ariel ne trouve pas sa place dans cette Argentine en pleine crise où les relations familiales et
amoureuses baignent dans un brouillard d'énigmes et de non-dits. Il décide de partir en
exil comme de nombreux Argentins tentant de faire valoir les origines européennes de leurs aïeux.
Ariel veut donc devenir... Polonais ! Avec une grand-mère ayant vécu en Pologne et ayant
réchappé au génocide et un père vivant en Israël, il ne reste plus
qu'à convaincre les gens de l'ambassade de Pologne.
Il y a une pulsation énergique originale dans ce film où l'émotion, la tristesse et
la drôlerie s'équilibrent magnifiquement. Certains critiques ont évoqué un
Woody Allen argentin à propos de Daniel Burman. La référence à François
Truffaut et à son alter ego, Antoine Doinel serait peut-être plus juste. Sauf que le
réalisateur argentin a sa propre personnalité et qu'il vit dans un pays frappé par
une crise économique catastrophique et où en juillet 1994 un attentat tuant une centaine de
personnes a été commis dans le quartier juif El Once de Buenos Aires.
Le 27 avril 2004
Samuel Holder
URL d'origine de cette page http://culture.revolution.free.fr/critiques/Daniel_Burman-Le_fils_d_Elias.html