L'auteure de ce roman est sénégalaise. L'action se passe
à la Ville, qui pourrait être Dakar ou n'importe quelle autre agglomération
de l'Afrique noire. Les hommes au pouvoir considèrent les mendiants comme des
« déchets humains » qui défigurent la Ville et surtout qui entravent le
développement du tourisme. Si les toubabs ne viennent plus dépenser leur argent,
c'est autant d'argent de perdu et en haut lieu, on risque de ne pas apprécier.
Mour-Ndiaye, un haut bureaucrate plein d'ambition décide donc de se débarrasser
une bonne fois pour toutes de ces indésirables qui agitent leurs
« bàttu », c'est-à-dire leur sébile, à tous les
carrefours et à la fenêtre des voitures. Plus exactement il en charge son adjoint
zélé Kéba-Dabo et ne veut plus entendre parler des mendiants.
Il y a donc deux camps qui s'affrontent. Les puissants ne lésinent pas sur la violence
et expédient les mendiants à deux cents kilomètres de là. Mais ces
derniers sont solidaires entre eux. Ils refusent d'être frappés et humiliés
mais surtout, ils sont conscients de la place qu'ils occupent dans la société. Au
milieu de la foule de ceux qui sont rongés par la lèpre, parmi les béquilles,
des personnages attachants émergent : Gorgui Diop l'amuseur, Madiabel le boiteux,
Nguirane Sarr l'aveugle... Leur grève a des conséquences déroutantes pour
les puissants. Comment combattre les bàttus et respecter les lois ancestrales de la
charité rappelées par les marabouts ? Comment garder sa femme dévouée
et s'offrir une seconde femme plus jeune et plus « moderne » (mais qui vous en fait
voir !). Rien n'est simple pour l'arriviste Mour qui aspire à être
vice-président coûte que coûte.
Le ton d'Aminata Sow Fall est moqueur à l'égard des puissants. Son roman est
riche en notations subtiles sur la psychologie des parvenus et des mendiants, sur la condition des
femmes africaines et les frictions entre générations.
Le roman reste jusqu'au bout vivant comme le marché du matin, à la grande ville,
celle où tous les mendiants commencent leur journée.
Le 10 septembre 2001
Hélène Dujardin
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